Neuf députés français ont adressé une tribune au président Emmanuel Macron afin d’exiger des engagements concrets sur la question des essais nucléaires français en Algérie.
« Après soixante longues années de silence et d’opacité, n’est-il pas temps de publier les données et les cartes des zones où ces déchets ont été enterrés ? », s’interrogent les députés en faisant référence aux campagnes d’essais nucléaires que la France avait mené au Sahara à partir des années 1960.
En se basant sur le rapport « Sous le sable la radioactivité ! » (2020) de Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin, les députés estiment qu’il « manque toujours des informations clés, concernant les déchets (nucléaires ou non) pour la plupart enfouis volontairement dans les sables, pour assurer la sécurité sanitaire des populations résidant dans ces zones, protéger les générations futures et prendre les mesures nécessaires et appropriées en vue de la remise en état de l’environnement. ».
Entre 1960 et 1966, dix-sept explosions nucléaires atmosphériques et souterraines ont été réalisées à Reggane et In-Ekker par la France.
Si les connaissances scientifiques sur les essais et les accidents nucléaires (Béryl, Améthyste, Rubis, Jade) se cumulent, les députés estiment qu’il est urgent de prendre des engagements politiques afin de modifier les lois existantes et faciliter l’accès aux archives aux chercheurs.
« Pour obtenir un début d’information objective sur ce sujet et engager la résolution de cette crise sanitaire et environnementale, il vous appartient, M. le Président, avec le gouvernement, de faire sauter le verrou législatif en déposant un projet de loi qui viendrait modifier l’article 17 de la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives… L’ouverture réelle des archives est une première étape indispensable. Elle serait également un gage de votre bonne volonté vis-à-vis des autorités », rappellent-ils dans leur tribune.
Si les centres d’essais nucléaires du Sahara ont été majoritairement démantelés, la radioactivité est toujours très forte dans les zones contaminées à cause de la « politique d’enfouissement des déchets » menée par la France.
Le 11 avril, la cinquième session du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français devait se dérouler à Alger, mais elle a été rapportée sine die. La question des essais nucléaires français au Sahara était sur l’agenda du Comité.
Les députés signataires sont :
Moetai Brotherson, député (GDR) de Polynésie française
François-Michel Lambert, député (LT) des Bouches-du-Rhône
Jean-Paul Lecoq, député (GDR) de Seine-Maritime
Paul Molac, député (LT) du Morbihan
Sébastien Nadot, député (LT) de Haute-Garonne
Mathilde Panot, députée (LFI) du Val-de-Marne
Aurélien Taché, député (NI) du Val-d’Oise
Maina Sage, députée (AE) de Polynésie française
Cédric Villani, député (NI) de l’Essonne