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Commerce du cabas : le gouvernement fixe la liste des produits interdits


Le  « commerce du cabas », héritier régularisé d’un certain « trabendo », est désormais encadré par des textes fixant les produits interdits. Le ministère de l’Économie de la connaissance, des start-up et des micro-entreprises a publié une liste exhaustive des produits et marchandises exclus de cette activité d’importation à petite échelle, consacrée par le décret exécutif n°25-170 du 28 juillet 2025.

L’idée, rappelle-t-on, est de permettre à ce qui est désormais appelé des « auto-entrepreneurs » de transporter, par leurs propres moyens, des produits destinés à la revente, sans passer par le circuit classique du commerce extérieur. Cette liberté connaît désormais des limites, réparties en six grands domaines.

Bien évidemment, les biens prohibés et les matières sensibles sont interdits. Armes, munitions, systèmes embarqués de drones, substances chimiques à risque et explosifs sont formellement exclus. La décision vise à écarter toute dérive sécuritaire dans un contexte régional marqué par des menaces transfrontalières.

Le gouvernement rappelle que certains équipements technologiques sont déjà régis par un arsenal réglementaire strict, défini par le décret exécutif n°09-410 du 10 décembre 2009. Y figurent notamment les dispositifs liés aux télécommunications filaires et sans fil, aux technologies cryptographiques, à l’aviation civile et à certaines infrastructures routières. Ces équipements, de par leur potentiel stratégique, restent interdits d’accès aux importateurs du « cabas »

Le ministère ferme également la porte à toute importation de produits pharmaceutiques via ce circuit. Médicaments, matériels et consommables médicaux ne peuvent être introduits qu’à travers les sociétés pharmaceutiques agréées, soumises à un contrôle légal et sanitaire rigoureux. « À aucun moment un importateur individuel ne peut se substituer à une structure agréée », insiste le texte. Cette disposition viserait à éviter la prolifération de circuits parallèles de médicaments – et ce malgré les pénuries que connait parfois le secteur – car le marché serait déjà gangrené par la contrefaçon.

Une brèche dans le système protectionniste de Tebboune

Il est à signaler, par ailleurs, que certains biens (cosmétiques, parfums, ou encore équipements techniques spécifiques) nécessitent un agrément préalable, l’élaboration d’un cahier des charges ou le respect de normes de sécurité. Le gouvernement précise que les « auto-entrepreneurs » disposent déjà d’une autorisation annuelle et globale couvrant leur activité, mais celle-ci ne saurait se substituer aux autorisations techniques ou sécuritaires imposées à certains secteurs.

Par ailleurs, le texte souligne que « les Livres, films, supports numériques et autres contenus susceptibles de porter atteinte à l’ordre public, aux bonnes mœurs ou aux symboles de l’État sont interdits ». Cela parait incongru aujourd’hui, sachant qu’il suffit aujourd’hui de quelques clics sur internet pour avoir accès à ces contenus.

Enfin, le texte établit une liste hétéroclite d’autres produits bannis : armes blanches, vêtements militaires, outils de minage de cryptomonnaies, viandes, produits laitiers et denrées animales ou végétales ne respectant pas les normes sanitaires. Y figurent également les boissons alcoolisées, le tabac et ses dérivés, les cigarettes électroniques et leurs liquides, les plantes et semences, les animaux (sauf domestiques), les produits contrefaits, pièces de rechange, intrants industriels, déchets et vêtements usagés.

Le gouvernement s’efforce de marcher sur une ligne de crête. En légalisant et en encadrant le commerce du cabas, il ouvre une brèche dans un système d’importations jusque-là dominé par de lourdes procédures administratives. Mais cette ouverture apparaît en contradiction avec la stratégie globale du président Tebboune, qui a fait de la réduction de la facture d’importation et de la relance de la production nationale un axe central de sa politique économique.