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Son passeport algérien désactivé: Sansal encourt-il la perte de sa nationalité algérienne?


Depuis qu’il est retourné en France, après sa sortie de prison le 12 novembre 2025, suite à la grâce présidentielle décrétée en sa faveur par le président Abdelmadjid Tebboune, l’écrivain Boualem Sansal répète à l’envi, à qui veut bien l’entendre, qu’il a pour projet immédiat de revenir en Algérie. Il est fort à craindre qu’il ne puisse le faire ; du moins lui faudra-t-il demander un visa d’entrée en tant que citoyen français, puisque, selon Le Soir d’Algérie, les autorités algériennes ont désactivé son passeport biométrique algérien.

Un rebondissement inattendu, donc, dans le feuilleton Boualem Sansal, que les médias français — notamment ceux apparentés à l’extrême droite — travaillent à prolonger indéfiniment, pour des desseins qui ne sont un secret pour personne. Pour ne pas avoir à gérer l’écrivain, encombrant pour le moins qu’on puisse dire, les autorités algériennes se seraient résolues à une mesure radicale : lui ôter la possibilité de rentrer en Algérie.

Le journal Le Soir d’Algérie, qui rapporte l’information sur la désactivation du passeport biométrique algérien de Boualem Sansal, ne précise pas si la mesure est administrative ou adossée à une décision de justice. De même, le journal n’identifie pas la source d’où a émané l’information. Il s’y réfère à des sources « bien informées ». L’information n’est pas démentie par les autorités algériennes. Aucun commentaire n’a été émis officiellement, du moins jusqu’au moment où nous mettons en ligne. Boualem Sansal n’y a pas non plus réagi. Ni ses soutiens, d’ailleurs.

La question sensible de la nationalité algérienne

La désactivation du passeport biométrique algérien de Boualem Sansal est-elle fondée juridiquement, notamment dans le cas où elle relèverait d’une décision administrative ? C’est la question inévitable que la mesure soulève. Il est peut-être utile de rappeler que les autorités algériennes avaient refoulé le journaliste Farid Alilat, qui travaillait alors pour le magazine Jeune Afrique, à l’aéroport international d’Alger, alors qu’il débarquait de France avec un passeport biométrique algérien, donc en sa qualité de citoyen algérien.

Assurément, pour ne pas avoir à le refouler comme ce fut le cas pour le journaliste Farid Alilat, les autorités algériennes ont décidé, s’agissant de Boualem Sansal, de ne pas lui laisser la possibilité de débarquer en Algérie. L’autre interrogation que soulève la désactivation du passeport algérien de Sansal est de savoir si cette mesure n’est pas un prélude à la déchéance de sa nationalité algérienne.

Boualem Sansal ayant acquis la nationalité algérienne de naissance — étant né en Algérie de parents algériens — l’en déchoir n’est pas aisé, mais ce n’est pas absolument exclu. L’ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970 portant Code de la nationalité algérienne prévoit un cas de figure : intelligence avec un pays étranger pour nuire à l’Algérie. L’article 22 de l’ordonnance dispose, dans son alinéa 4, qu’une personne est déchue de sa nationalité « si elle accomplit, au profit d’un État étranger, des actes incompatibles avec la qualité d’Algérien et préjudiciables aux intérêts de l’État algérien ».

Récidive

Il reste à savoir si cette disposition de l’ordonnance citée plus haut pourrait s’appliquer dans le cas de Boualem Sansal, qui fait de la provocation à l’endroit de l’Algérie un leitmotiv. Mercredi dernier, rencontrant les membres de son comité de soutien, créé lorsqu’il était emprisonné, il en a rajouté une autre en appelant à « se mobiliser pour sauver l’Algérie ». L’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, présent à la rencontre, a dû apprécier cette récidive qui, au demeurant, n’est pas la seule. Boualem Sansal a aussi soutenu que « le pouvoir est isolé et totalement discrédité sur les sujets qui le mobilisent. Tout le monde reconnaît désormais la marocanité du Sahara occidental, même la Chine et la Russie ont lâché l’Algérie. Le système est fissuré ».

Boualem Sansal ne se cache pas d’être pro-marocain, contre les intérêts de l’Algérie. Il le clame publiquement. N’a-t-il pas prétendu dans le média français Frontières que des villes de l’ouest algérien faisaient partie du Maroc avant la colonisation française ?

C’est cette déclaration attentant à l’intégrité territoriale de l’Algérie qui lui a valu d’être arrêté le 16 novembre 2024 et condamné à cinq ans de prison ferme pour « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Une peine dont il n’a purgé qu’une année. Il a bénéficié d’une grâce présidentielle, suite à la requête du président allemand Frank-Walter Steinmeier auprès du président Abdelmadjid Tebboune. Il a été libéré le 12 novembre 2025.