Publié à bas bruit, l’indice des prix à la consommation de l’Office national des statistiques (ONS) pour janvier 2026 livre un signal plus net qu’il n’y semble. À Alger, les prix ont augmenté de 1,4 % en un mois, contre seulement 0,1 % en décembre. Un sursaut qui tranche avec l’accalmie de la fin d’année et suggère un début de retournement plutôt qu’un simple accident statistique.
À première vue, l’inflation reste contenue. Sur un an, elle s’établit à 2,7 %, et la moyenne annuelle à 1,3 %. Des niveaux modestes, loin des tensions observées dans de nombreuses économies émergentes. Mais cette apparente stabilité masque une recomposition plus profonde des pressions inflationnistes.
Le moteur immédiat est bien connu : l’alimentaire. Les prix des produits agricoles frais ont bondi de 3,6 % en janvier, tirés par la viande ovine (+6,8 %), la pomme de terre (+9 %) ou encore le poisson (+5,7 %). Comme souvent en Algérie, la volatilité saisonnière domine. Mais elle ne dit pas tout.
Une inflation qui change de nature
Derrière ce bruit conjoncturel se dessine une tendance plus préoccupante. Les biens manufacturés enregistrent une hausse de 9 % sur un an. Ce chiffre, bien supérieur à l’inflation globale, traduit une pression plus structurelle — celle des coûts d’importation, du taux de change et des chaînes d’approvisionnement. Contrairement aux produits frais, ces hausses-là ne se corrigent pas rapidement.
Le contraste est frappant avec les services, dont les prix n’augmentent que de 1,1 % sur un an. Une modération largement artificielle, portée par l’encadrement administratif d’une partie des tarifs, qui souligne le rôle encore central de l’État dans la formation des prix.
Une inflation inégalement ressentie
Autre paradoxe : les prix alimentaires, en hausse sur un mois, restent en baisse de 2 % sur un an. Un effet de base qui illustre l’extrême volatilité du panier de consommation. Cette alternance de baisses et de hausses rapides entretient un sentiment d’instabilité bien supérieur à ce que suggèrent les moyennes annuelles.
La dynamique observée à Alger dépasse celle du reste du pays, où l’inflation mensuelle atteint 1,1 %. Un écart modeste, mais révélateur des tensions spécifiques aux grands centres urbains, où la demande et les circuits de distribution amplifient les variations de prix.
En somme, janvier 2026 ne marque pas une rupture spectaculaire, mais un glissement. L’inflation algérienne, longtemps dominée par les produits alimentaires et les effets saisonniers, commence à se diffuser vers des composantes plus structurelles.
Pour l’heure, le signal est faible — mais il n’est plus équivoque.