L’affaire avait secoué Guelma par son audace et son exécution quasi militaire. Moins de dix jours après le braquage de l’agence d’Algeria Gulf Bank (AGB), la justice a tranché : les principaux suspects sont désormais sous mandat de dépôt. Jeudi, sous haute sécurité, ils ont été présentés devant le parquet, au terme d’une enquête menée tambour battant.
Dès les premières heures de la journée, un dispositif policier inhabituel quadrillait les abords du tribunal, installé dans l’enceinte de l’ancienne caserne du centre-ville. Les rues adjacentes, coupées à la circulation, témoignaient de la sensibilité du dossier. Le dispositif vise à verrouiller toute issue et à prévenir le moindre débordement dans un dossier déjà saturé de rumeurs.
Le procureur a livré, dans un communiqué, une version détaillée des faits. Le 31 mars 2026, à 8h30, six individus se présentent à l’agence bancaire en se faisant passer pour des agents d’une société de sécurité chargée du transfert de fonds. L’opération est exécutée sans heurt apparent. À la clé : un butin de 142 millions de dinars.
La mécanique repose sur une mise en scène crédible. Faux statuts, usurpation d’identité professionnelle, logistique maîtrisée : le groupe agit avec méthode. Mais l’illusion ne résiste pas à l’enquête. Saisie en urgence, l’unité régionale de lutte contre la grande criminalité de Constantine-Est remonte rapidement la piste des auteurs présumés. Cinq d’entre eux, âgés de 31 à 59 ans, sont interpellés en quelques jours. Un sixième homme reste en fuite.
L’enquête révèle un élément plus troublant encore : des complicités internes. Cinq employés de la banque sont arrêtés pour négligence grave, tandis qu’un policier est mis en cause pour abus de fonction et violation des règles professionnelles. Ce faisceau d’indices suggère une opération facilitée, sinon préparée, par des défaillances humaines et institutionnelles.
Récupération rapide des fonds
Le volet financier, lui, évolue rapidement en faveur des enquêteurs. Sur les 142 millions de dinars dérobés, 137 millions ont été récupérés, soit l’essentiel du butin. Un résultat rare dans ce type d’affaires, qui souligne à la fois la rapidité de l’intervention et l’imperfection du dispositif criminel.
Sur le plan judiciaire, les qualifications retenues sont lourdes : association de malfaiteurs, vol à main armée avec usage de véhicule, blanchiment d’argent, falsification de sceaux officiels, usurpation de fonction, détournement de fonds, abus de pouvoir et divulgation d’informations sensibles. Autant de chefs d’accusation qui dessinent les contours d’un réseau structuré, au-delà d’un simple coup opportuniste.
Le juge d’instruction a ordonné l’incarcération de l’ensemble des mis en cause. L’information judiciaire se poursuit sur deux lignes : interpeller le suspect toujours en fuite et reconstituer précisément la chaîne de responsabilités.
Au-delà du fait divers, l’affaire met en lumière les vulnérabilités dans la sécurisation des flux financiers. Elle interroge aussi la fiabilité des dispositifs internes, dès lors que des complicités — actives ou passives — viennent percer les protocoles les plus stricts. À Guelma, le braquage n’aura duré que quelques minutes. Ses répercussions, elles, s’annoncent durables.