Le Conseil national autonome des personnels de l’enseignement des trois cycles de l’éducation (Cnapeste) a dénoncé vendredi une « dérive grave » visant son organisation, affirmant faire face à une série de mesures administratives et judiciaires qui s’apparentent, selon lui, à une tentative de dissolution du syndicat, dans un contexte où des partis d’opposition mettent en garde contre une atteinte aux libertés syndicales.
Réunie en session extraordinaire les 10, 11 et 17 avril à Alger, la direction nationale du Cnapeste dit avoir examiné « un contexte exceptionnel et dangereux », marqué par des poursuites engagées par le ministère du Travail et de la Sécurité sociale, appuyées par le ministère de l’Éducation nationale. Ces procédures, introduites début mars devant la justice administrative, viseraient explicitement à obtenir la dissolution du syndicat, selon le communiqué final.
Le syndicat rejette ces actions qu’il juge « infondées juridiquement », estimant être en conformité avec la loi 23-02 relative à l’exercice du droit syndical. Il affirme disposer d’une représentativité effective et dénonce un « non-respect des procédures » dans la notification et l’exécution de décisions de justice, ainsi qu’une remise en cause de la légitimité de ses instances.
Au cœur de cette crise figure le coordinateur national, Messaoud Boudiba, placé sous contrôle judiciaire avec obligation de déplacements réguliers vers la wilaya de M’sila. Le Cnapeste évoque également une « tentative de mise à la retraite forcée », qu’il interprète comme une mesure visant à affaiblir sa direction, dénonçant « pressions administratives et harcèlement judiciaire ».
Dans son communiqué, le syndicat critique en outre des « pratiques administratives déviantes », citant une correspondance ministérielle datée du 6 avril qui, selon lui, contournerait les cadres légaux en instaurant un canal de communication direct avec son coordinateur, en dehors des structures statutaires. Il y voit une tentative d’ingérence dans ses affaires internes.
Pressions dénoncées, mobilisation annoncée
Face à cette situation, le Cnapeste annonce son intention d’engager toutes les voies de recours judiciaires et appelle à des rassemblements de protestation, notamment devant les juridictions concernées. Il alerte également sur une dégradation des conditions de travail des enseignants et sur « la fermeture des espaces de dialogue » dans plusieurs wilayas, ainsi que sur la multiplication de sanctions disciplinaires visant des enseignants engagés syndicalement.
Les développements ont suscité des réactions de partis d’opposition. Le Front des forces socialistes (FFS) a exprimé « sa vive inquiétude » et condamné des pressions judiciaires qu’il juge « inacceptables », estimant qu’elles visent à « neutraliser » une organisation syndicale. Le parti a réaffirmé son soutien au Cnapeste et à son coordinateur, dénonçant des mesures « arbitraires » et appelant à la préservation de la liberté syndicale.
De son côté, Jil Jadid a dénoncé une « offensive » contre le syndicat, y voyant une « ligne rouge » franchie avec une tentative de dissolution. Le parti considère que le recours à la justice à des fins de régulation politique constitue une « dérive grave », susceptible d’affaiblir la crédibilité des institutions et d’alimenter la défiance entre l’État et la société.
Les deux formations ont appelé à la révision du cadre légal encadrant l’activité syndicale et le droit de grève, qu’elles jugent restrictif, ainsi qu’à privilégier le dialogue social plutôt que les mesures coercitives.
Au-delà du cas du Cnapeste, ces prises de position relancent le débat sur la place des syndicats autonomes et des corps intermédiaires en Algérie, dans un contexte marqué par des tensions récurrentes entre autorités et organisations professionnelles sur les questions de représentativité, de droit de grève et de régulation du champ syndical.