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Tebboune recadre publiquement Saïd Sayoud après sa sortie sur la flambée des prix


Abdelmadjid Tebboune a publiquement désavoué samedi son ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, trois jours après des déclarations particulièrement alarmistes de ce dernier sur la flambée des prix.

« Quelqu’un dit que depuis 60 ans nous n’avons jamais vu de tels prix. Non, ce sont des choses qui ne se disent pas », a lancé le président de la République lors de son entretien avec la presse nationale. Il a jugé « faux et inacceptable » d’affirmer que l’Algérie n’avait pas connu de telles hausses depuis soixante ans et appelé à ne pas exagérer la situation.

Tebboune a rappelé que l’Algérie avait déjà connu des flambées comparables sous les anciens gouvernements. Il a cité l’ail importé de Chine vendu jusqu’à 2 500 dinars le kilo et les oignons à 1 500 dinars, « plus chers que les pommes », selon ses mots. Il a également invoqué l’existence de 25 produits subventionnés, dont cinq saisonniers, un argument qui ne renseigne ni sur l’évolution générale des prix ni sur la perte de pouvoir d’achat des ménages.

Saïd Sayoud avait pourtant employé cette formule le 29 septembre lors de l’installation du nouveau wali de Ksar El Boukhari. « De toute ma vie, en 60 ans, je n’ai jamais vu de tels prix », avait-il déclaré, prenant l’exemple de la tomate vendue jusqu’à 200 dinars le kilo en plein été. Il avait également estimé que celui qui vendait la tomate à ce prix « n’aime pas les Algériens et l’Algérie ».

Tebboune a également corrigé l’analyse de son ministre. Selon lui, les premières investigations montrent que la majorité des agriculteurs ne sont pas responsables de la hausse. Il a cité le cas d’un producteur vendant sa tomate à 20 dinars alors qu’elle se retrouve à 140 dinars sur le marché et imputé l’envolée des prix à la spéculation, aux marges excessives et à la « cupidité ».

Les incendies, puis le maintien au gouvernement

Le recadrage est d’autant plus notable que Saïd Sayoud occupe un portefeuille particulièrement exposé depuis les incendies meurtriers de l’été. Le ministère de l’Intérieur supervise les collectivités locales et la Protection civile. Sayoud s’était rendu à Jijel et Béjaïa au plus fort des incendies, avait annoncé l’ouverture d’enquêtes sur leurs causes puis piloté avec les walis la prise en charge des conséquences de la catastrophe.

Il avait néanmoins été maintenu à son poste lors du remaniement gouvernemental partiel du 1er septembre, qui avait notamment changé les titulaires des Finances, de l’Agriculture, de la Communication et du Travail. Une ministre déléguée chargée des Collectivités locales, Fouzia Naama, avait en revanche été placée auprès de lui.

Un mois plus tard, le désaccord éclate publiquement sur la gestion de la flambée des prix. Tebboune ne s’est pas contenté de nuancer son ministre. Il a repris sa phrase presque mot pour mot pour la déclarer « fausse et inacceptable ».