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Égypte : Lina Attalah jugée pour une licence que Mada Masr réclame depuis huit ans


La justice égyptienne a décidé, jeudi 22 octobre, de renvoyer Lina Attalah, cofondatrice et rédactrice en chef du site d’information indépendant Mada Masr, devant un tribunal correctionnel pour avoir créé et exploité un site internet sans licence. Son procès doit s’ouvrir mardi 27 octobre au Caire, a annoncé son avocat Hassan al-Azhari, cité par Mada Masr.

Cette décision a été prise au lendemain d’un interrogatoire de plus de six heures devant le parquet suprême de la sûreté de l’État. La journaliste avait été remise en liberté mercredi soir contre une caution de 100 000 livres égyptiennes, soit environ 1 800 dollars.

Au cours de son audition, les enquêteurs l’ont interrogée sur le fonctionnement et le financement de Mada Masr, ainsi que sur une enquête récemment publiée par le média concernant des mouvements de protestation dans plusieurs prisons égyptiennes.

Son avocat dénonce la précipitation de la procédure. Quelques heures seulement après la fin de l’interrogatoire, le parquet décidait de transmettre le dossier au tribunal, avec une première audience fixée cinq jours plus tard. Hassan al-Azhari juge cette rapidité injustifiée.

La journaliste encourt une amende comprise entre un et trois millions de livres égyptiennes, soit environ 18 000 à 54 000 dollars. La législation permet également au tribunal d’ordonner la fermeture du site et la confiscation de ses équipements.

Huit ans de démarches pour obtenir une licence

Fondé en 2013, Mada Masr est l’un des rares médias égyptiens à poursuivre un travail d’enquête indépendant sur les institutions politiques, les forces de sécurité et les conditions de détention. Son site est bloqué en Égypte depuis 2017.

Le média avait entrepris dès 2018 les démarches nécessaires pour obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. En 2022, Lina Attalah avait appris, au cours d’un précédent interrogatoire, que sa demande avait été rejetée, sans que cette décision lui ait été régulièrement notifiée.

Mada Masr a contesté ce refus devant la justice administrative. Une nouvelle demande de licence, déposée en 2023, demeure sans réponse, selon ses avocats.

La procédure engagée contre Lina Attalah est la sixième visant Mada Masr, sa direction ou ses journalistes en six ans. En août 2025, elle avait déjà été interrogée pour diffusion de fausses informations et exploitation d’un site sans licence, après la publication d’une enquête sur les conditions de détention dans la prison de Badr 3.

Amnesty International a dénoncé mercredi un harcèlement judiciaire répété contre le média. L’organisation accuse les autorités égyptiennes de chercher à entraver le travail des journalistes indépendants et réclame l’abandon des poursuites. Et de souligner que cinq autres procédures pénales visant Mada Masr et ses journalistes restent ouvertes.

La répression s’étend à d’autres médias indépendants

La pression s’exerce également sur d’autres rédactions. Six journalistes de Matsadaash, une plateforme indépendante de vérification des informations, sont détenus depuis leur arrestation les 28 et 29 septembre. Ils sont notamment poursuivis pour appartenance à une organisation terroriste et diffusion de fausses informations, accusations qu’ils contestent.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), cité par Amnesty International, au moins 18 journalistes sont emprisonnés en Égypte. Des centaines de sites internet, dont celui de Mada Masr, demeurent bloqués.

Mada Masr risque désormais une fermeture judiciaire pour défaut de licence, alors que sa dernière demande d’autorisation attend toujours une réponse depuis 2023.