Getty Images, l’un des plus grands fournisseurs mondiaux de photographies de presse et d’images commerciales, a déposé le bilan mercredi 21 octobre aux États-Unis. Le groupe s’est placé sous la protection du chapitre 11 de la législation américaine sur les faillites, une procédure qui lui permet de poursuivre ses activités tout en restructurant sa dette sous contrôle judiciaire.
La demande a été déposée auprès du tribunal fédéral des faillites du Delaware, conformément à un accord conclu le 12 octobre avec ses principaux créanciers et actionnaires. Getty Images entend achever sa restructuration avant la fin de l’année, selon son communiqué publié mercredi.
Le plan prévoit une injection pouvant atteindre 533 millions de dollars par la famille Getty et Koch Equity Development, branche d’investissement du groupe américain Koch. Ces deux investisseurs détiendront la totalité du capital à l’issue de l’opération, tandis que les participations des actionnaires actuels seront annulées. Getty Images quittera ainsi la Bourse.
Une dette de 2,1 milliards de dollars
L’entreprise était lourdement endettée avant son dépôt de bilan. Au 30 juin 2026, sa dette financière atteignait 2,1 milliards de dollars pour une trésorerie disponible de seulement 51,6 millions, selon ses derniers résultats trimestriels.
Son chiffre d’affaires avait reculé de 2,5 % au deuxième trimestre, à 229,1 millions de dollars, tandis que sa perte nette atteignait 85,8 millions, contre 34,4 millions un an auparavant. Les charges financières et les conséquences d’un contentieux judiciaire ont notamment pesé sur ses comptes.
Les litiges avec des investisseurs ont également précipité la faillite. Lors d’une audience devant le tribunal du Delaware, jeudi 22 octobre, l’avocat de Getty Images a indiqué que le groupe avait déjà versé 110 millions de dollars à deux investisseurs et faisait face à une nouvelle condamnation de 92 millions de dollars, encore impayée. D’autres procédures pourraient lui coûter jusqu’à 275 millions supplémentaires. Selon Reuters, Getty avait également dépensé 35 millions de dollars en frais de défense et ne disposait plus que de 20 millions de dollars de trésorerie au moment de son dépôt de bilan.
La situation s’est compliquée avec l’échec de son rapprochement avec Shutterstock, annoncé en janvier 2025. L’opération devait permettre aux deux entreprises de réaliser des économies d’échelle et de mieux résister à la concurrence des images générées par intelligence artificielle.
Mais l’autorité britannique de la concurrence, la CMA, a conditionné son feu vert à la cession de l’ensemble des activités de photographie éditoriale de Shutterstock. Elle craignait une réduction du choix et une hausse des prix pour les médias britanniques. Getty a finalement abandonné la fusion en juillet 2026.
L’IA grignote le marché des banques d’images
Getty Images doit aussi faire face à une transformation rapide de son marché. Entreprises, agences de communication et annonceurs disposent désormais d’outils capables de produire à la demande une partie des visuels qu’ils achetaient jusque-là auprès des banques d’images.
Getty Images reste néanmoins un acteur majeur de la photographie d’actualité, du sport et du divertissement. Cette activité éditoriale a d’ailleurs progressé de 9,2 % au deuxième trimestre, contrastant avec les difficultés rencontrées dans les autres segments du groupe.
La société assure que la procédure judiciaire n’affectera ni ses clients, ni ses photographes contributeurs, ni ses partenaires et salariés. Un financement pouvant atteindre 143 millions de dollars, apporté par Koch Equity Development, doit soutenir ses opérations pendant la restructuration.
Getty Images doit désormais réduire le poids de sa dette sans affaiblir son réseau international de photographes, ses archives et ses relations avec les médias, au moment où l’économie de l’image connaît une transformation profonde.