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Ormuz : Tebboune valide une fausse information née sur les réseaux sociaux


Une fausse information partie des réseaux sociaux a fini par recevoir une confirmation au sommet de l’État. Interrogé samedi 3 octobre sur le supposé passage d’un navire algérien par le détroit d’Ormuz, Abdelmadjid Tebboune a confirmé l’information et assuré que les bâtiments algériens empruntaient le passage maritime « sans problème ».

« Ce n’est pas la première fois » qu’un navire algérien traverse le détroit depuis le début de la crise, a ajouté le président lors de son entretien périodique avec la presse nationale. Il répondait à une question faisant référence à la polémique née autour du méthanier Lalla Fatma N’Soumer.

Les données de navigation disponibles montrent pourtant que le navire n’a pas franchi le détroit d’Ormuz.

Identifié par le numéro IMO 9275347, Lalla Fatma N’Soumer se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres du Golfe. Le méthanier était arrivé à Fos-sur-Mer le 25 septembre avant de reprendre la mer le lendemain à destination d’Arzew. Les données AIS le suivent ensuite dans le golfe du Lion puis en Méditerranée occidentale.

Les données AIS disponibles, recoupées à partir de plusieurs services de suivi maritime, placent Lalla Fatma N’Soumer en Méditerranée, entre Fos-sur-Mer et Arzew, au moment où les réseaux sociaux lui attribuaient une traversée d’Ormuz.

L’information avait d’ailleurs été démentie dès le 28 septembre par Ultra Algérie, près d’une semaine avant les déclarations présidentielles. Le média avait confronté les publications circulant sur Facebook aux données d’identification et de suivi du méthanier.

Une photo sortie de son contexte

Le 8 septembre, Bloomberg avait publié un article consacré au passage du détroit d’Ormuz par Al Marrouna, un méthanier qatari chargé de GNL et se dirigeant vers le Pakistan. Mais l’article était illustré par une photographie d’archives de Lalla Fatma N’Soumer. La légende identifiait correctement le navire algérien. Le texte, lui, concernait bien Al Marrouna.

La photographie a ensuite circulé sur les réseaux sociaux séparée de son contexte. Elle a été présentée comme la preuve qu’un méthanier algérien avait réussi à traverser Ormuz malgré les fortes restrictions imposées au trafic maritime.

Les relevés spécialisés des traversées de septembre ne viennent pas davantage étayer ce récit. Selon les données de S&P Global citées par Reuters, 19 cargaisons de GNL ont emprunté le détroit pendant le mois, dont treize en provenance du Qatar et six des Émirats arabes unis. Kpler en recense 21. Aucun méthanier algérien n’apparaît parmi ces mouvements identifiés.

Certaines traversées s’effectuent avec les transpondeurs AIS éteints, ce qui empêche d’affirmer à partir des seules données publiques qu’aucun bâtiment algérien n’a jamais franchi Ormuz depuis le début de la crise. Reuters a documenté plusieurs de ces passages discrets. Le cas à l’origine de la polémique est, lui, documenté. Lalla Fatma N’Soumer n’était pas dans le détroit d’Ormuz. Au moment où son passage supposé était abondamment commenté sur les réseaux sociaux, le méthanier naviguait entre la France et l’Algérie.

Tebboune n’a fourni aucun élément permettant d’identifier les autres navires algériens qui auraient, selon lui, traversé le détroit. Sa réponse a ainsi donné une confirmation présidentielle à une information qui, dans le cas précis soumis à la discussion, avait déjà été démentie par les données de navigation.