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Libye–Turquie : le Parlement de l’Est libyen ratifie un accord maritime qu’il avait rejeté en 2020


Le Parlement installé dans l’Est libyen a ratifié mardi 20 octobre un accord maritime controversé avec la Turquie, six ans après l’avoir rejeté. Ce revirement marque un rapprochement entre Ankara et le camp du maréchal Khalifa Haftar, longtemps adversaires sur le terrain militaire. La Grèce et l’Union européenne dénoncent un accord contraire au droit international.

La Chambre des représentants libyenne a approuvé à l’unanimité l’accord de délimitation maritime signé en novembre 2019 entre la Turquie et le gouvernement de Tripoli, rapporte l’Agence France-Presse (AFP). Réunie à Benghazi, l’assemblée a également abrogé sa décision de 2020, par laquelle elle avait refusé de ratifier le texte, invoquant une atteinte à la souveraineté nationale.

Le retournement est spectaculaire. En 2020, la Turquie avait apporté un soutien militaire décisif au gouvernement de Tripoli pour repousser l’offensive des forces de Haftar contre la capitale. Six ans plus tard, Ankara et les autorités de l’Est libyen multiplient les contacts politiques, militaires et économiques.

L’éviction, au début du mois, d’Aguila Saleh, président du Parlement depuis 2014 et farouche opposant à l’accord, a précédé ce changement de position.

La ligne rouge entre les points A et B représente la frontière maritime définie par l’accord conclu en 2019 entre la Turquie et la Libye. Longue d’environ 18 milles nautiques, elle s’inscrit dans une zone où se croisent plusieurs revendications et délimitations maritimes, notamment celles de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre et de la Turquie. La Grèce conteste l’accord, estimant qu’il ignore les droits maritimes de ses îles, dont la Crète. Carte : Sovereign Limits / International Mapping.

Athènes et Bruxelles dénoncent l’accord

Ankara a salué une décision qui, selon son ministère des Affaires étrangères, protège les droits et les intérêts mutuels de la Turquie et de la Libye.

Bruxelles a également réaffirmé son opposition à l’accord. Dans une déclaration commune, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont réaffirmé que l’accord était « nul et non avenu », car il porte atteinte aux droits souverains d’États tiers et ne respecte pas le droit de la mer.

La Grèce a également rejeté la ratification. Athènes soutient que la Turquie et la Libye ne disposent pas de côtes opposées ou adjacentes permettant une telle délimitation maritime et que l’accord ignore les droits maritimes des îles grecques, notamment la Crète.

Signé en 2019, le texte permet à Ankara de revendiquer des droits sur de vastes espaces maritimes en Méditerranée orientale, région stratégique pour ses ressources énergétiques. Déjà contesté par la Grèce, Chypre et l’Égypte, il bénéficie désormais du soutien des deux camps qui se disputent le pouvoir en Libye.