Le Cadre stratégique pour la paix, la sécurité et le développement (CSP), une plateforme regroupant notamment les deux grandes coalitions signataires de l’Accord de paix et de réconciliation du Mali issu du processus d’Alger, nommément la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme du 14 juin 2014 d’Alger, a décidé le 23 décembre de suspendre sa « participation au mécanisme de suivi de l’Accord de paix intermalien, jusqu’à la tenue d’une réunion avec la médiation internationale dans un terrain neutre », selon le communiqué du CSP.
La CMA est la plus grande coalition politico-militaire des mouvements du Nord Mali. Elle est composée essentiellement d’ex-rebelles, d’autonomistes et d’indépendantistes, tels que le Haut Comité pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). La Plateforme du 14 juin 2014 d’Alger est, pour sa part, une coalition de groupes politico-militaires réputés en faveur de Bamako ou du moins défendant l’idée d’une intégration du Nord au sein du Mali.
L’Accord pour la paix et la réconciliation issu du Processus d’Alger avait été négocié en Algérie dès 2014, puis paraphé à Bamako en 2015 entre le gouvernement malien et les deux grandes coalitions du Nord. Mais depuis sa signature, l’Accord dit d’Alger connait d’énormes retards alors qu’il était censé être mis en œuvre dans les 18 mois suivant sa signature.
À la suite d’une rencontre tenue les 20 et 21 décembre 2022 à Djounhan dans la région de Kidal, le Cadre stratégique permanent (CSP) note « l’absence persistante de volonté politique des autorités de transition (Bamako, NDLR) » à appliquer un accord qui semble plus menacé que jamais. « L’ensemble des Mouvements membres du CSP-PSD ont décidé à l’unanimité de la suspension de leur participation au sein des mécanismes de suivi et de mise en œuvre de l’Accord jusqu’à la tenue d’une réunion avec la Médiation internationale en terrain neutre, afin de statuer sur l’avenir de cet accord », rappelle le communiqué du CSP.
Ainsi, les groupes signataires suspendent leur participation aux instances de suivi de l’Accord, dont le Comité de suivi de l’Accord (CSA), tant qu’une réunion d’urgence avec le gouvernement malien « en terrain neutre » n’est pas organisée.
Le 10 décembre, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) avait adressé une correspondance au chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, sollicitant l’Algérie et la médiation internationale pour l’organisation d’une « réunion d’urgence » dans un « lieu neutre ». La CMA a justifié sa demande par « le besoin d’un examen décisif de la viabilité de l’accord signé en 2015 ».
La Médiation internationale dont l’Algérie tient la tête de file a estimé le 15 décembre que le Comité de suivi de l’Accord (CSA) constitue « le cadre idoine permettant de procéder aux évaluations requises et de convenir des actions concrètes à entreprendre pour faire avancer la mise en œuvre de l’accord que le comité de suivi de l’accord devrait être le seul cadre de discussions de l’accord ». En d’autres mots, il faudrait attendre la prochaine rencontre du CSA à Bamako, prévu normalement en février 2023, pour pouvoir statuer sur ces enjeux.
Les groupes politico-militaires membres sont donc frustrés par le manque de volonté politique affichée par les autorités de transition malienne dans l’application intégrale de l’Accord malgré les engagements pris par les militaires maliens après le premier coup d’État d’août 2020 qui avait obligé le président Ibrahim Boubakar Keita (IBK) à démissionner.
Cependant, les groupes signataires du Nord dont la CMA affirment ne pas vouloir reprendre les armes. Toutefois, certains de ses membres tels que son porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane, ont mis en garde contre une révision des points d’entente de l’Accord puisque les militaires à Bamako auraient l’intention de revenir sur certaines clauses, dont celle sur le processus de décentralisation poussée dans les régions du Nord.
La diplomatie algérienne n’a, pour l’instant, pas réagi à cette suspension.
L’Observateur indépendant de l’Accord, le Centre Carter, a publié deux rapports au cours de l’année 2022 arguant que le processus est dans une « impasse » et que les controverses sur la révision de l’Accord menacent la paix au Nord.
En plus de ces problèmes politiques, le Nord Mali connait une crise sécuritaire grave. Le groupe l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) a gagné du terrain, commettant plusieurs assassinats et attentats.