Le journaliste et dramaturge Sid Ahmed Sahla est mort mercredi 12 août à Oran, à l’âge de 74 ans, après une longue maladie. Figure de la presse de l’Ouest algérien, il avait aussi consacré une grande partie de son travail au théâtre et à la défense de la langue algérienne.
Sid Ahmed Sahla a été inhumé mercredi à Mascara, sa ville natale, selon l’APS. Son parcours a mêlé presse régionale, théâtre et réflexion sur la société algérienne.
Diplômé en économie et en sociologie de l’Université d’Oran Es-Sénia, il avait également enseigné en Italie avant de se consacrer au journalisme et à l’écriture dramatique.
Pendant plus de quinze ans, il a travaillé au quotidien La Voix de l’Oranie, où il a notamment été responsable de la rubrique régionale, de la rubrique culturelle et président du comité de rédaction. Ses articles portaient notamment sur les questions sociales, le foncier et les transformations de l’Ouest du pays.
Ses collègues retiennent également sa connaissance de l’histoire régionale et de la culture populaire. Le metteur en scène Mohamed Frimehdi évoquait ainsi un homme dont les récits étaient nourris par une importante culture générale.
Du journal au théâtre
Le théâtre occupait une autre partie de son travail. Plusieurs de ses textes ont été montés au Théâtre régional d’Oran Abdelkader Alloula et au Théâtre national algérien.
Parmi ses œuvres récentes figure Dik Ellila, créée en 2025 et traduite en français par Rachid Boudjedra. La pièce revient sur les blessures laissées par la décennie noire à travers un homme confronté à la violence.
Avec Aya Abdelkader, Sahla s’intéresse à l’Émir Abdelkader et à l’arbre de Derdara, lieu associé à son histoire. Dhiaâ el-Ism (La perte du nom) porte, elle, sur le rapport à l’argent, au reniement de soi et à la transformation des relations sociales.
Dans un entretien accordé à El Watan, il résumait ainsi une part de sa conception de la dignité et du pouvoir : « La soumission à la grâce du bourreau est une forme de suicide. »
L’algérien comme langue d’écriture
Sahla défendait aussi l’usage de la langue algérienne dans le théâtre. Il la considérait comme une langue capable de porter aussi bien les situations quotidiennes que des sujets historiques ou politiques. Cette réflexion le rapprochait de chercheurs et auteurs ayant travaillé sur la place de la darija, notamment Abdou Elimam et Rabeh Sebaa.
Son passage du journalisme au théâtre n’a finalement pas changé beaucoup ses sujets. Dans les deux espaces, il s’est intéressé à la société algérienne, à sa mémoire, à ses fractures et aux mots qu’elle emploie pour les raconter.
Avec sa disparition, la presse oranaise perd l’un de ses anciens journalistes et le théâtre algérien un auteur encore actif ces dernières années. Son travail reste dans les archives de La Voix de l’Oranie et dans les textes portés sur scène.