Abdelmadjid Tebboune a livré samedi soir l’une de ses mises au point les plus dures sur les rapports de force qui se jouent autour de l’Algérie. Du Niger aux Émirats arabes unis, le président de la République a dessiné les contours d’une riposte désormais assumée face aux tentatives de déstabilisation dans le voisinage immédiat du pays.
Le passage le plus spectaculaire concerne l’envoi de quatre chasseurs Su-30 au Niger à la fin du mois d’août. Tebboune a expliqué cette décision par la tentative de coup d’État survenue à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, quelques heures après le retour du Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine d’une visite à Alger.
« Certains sont allés trop loin », a-t-il lancé, avant de présenter l’épisode comme une provocation contre l’Algérie. Puis le ton monte. « Tu veux me provoquer, moi aussi je t’envoie les avions. Bienvenue. Ta tête contre la mienne », dit-il en substance.
Les Su-30 envoyés à Niamey étaient aussi un avertissement à la puissance que Tebboune vise derrière la tentative de déstabilisation.
Le président assume par ailleurs le principe d’une intervention militaire hors des frontières lorsque les intérêts algériens sont menacés. « Nous sommes aux côtés du Niger et dans la même tranchée », affirme-t-il, en rappelant que l’Algérie y défend également ses propres intérêts.
L’ombre d’Abou Dhabi
Tebboune ne nomme pas les Émirats dans son développement sur le Niger. Plus loin dans l’entretien, il revient sur la rupture avec Abou Dhabi. Le président rappelle alors l’aide apportée par l’Algérie aux Émirats à leurs débuts et lance que « même leur compagnie pétrolière, c’est nous qui l’avons créée ».
La référence renvoie aux premières années du secteur pétrolier émirati. L’Algérie avait envoyé des cadres de Sonatrach à Abou Dhabi pour aider le jeune État à bâtir sa propre industrie pétrolière. Mahmoud Hamra Krouha, cadre de Sonatrach détaché sur place, dirigea notamment ADNOC à ses débuts.
Tebboune résume ce retournement par un célèbre vers arabe. « Je lui ai appris à tirer et, lorsque son bras s’est affermi, il m’a tiré dessus. Je lui ai appris à composer des vers et, lorsqu’il sut en composer, il me railla. »
L’allusion à l’ingratitude prolonge le « tête contre tête » lancé à propos du Niger. L’Algérie, qui avait aidé le jeune État émirati à construire l’un des instruments de sa souveraineté économique, considère aujourd’hui Abou Dhabi comme une puissance agissant contre ses intérêts.
Le Sahel, nouveau terrain de riposte
Tebboune élargit son propos au Sahel. Il accuse certains États de créer et de soutenir des organisations armées et prévient que l’Algérie ne réagira plus comme par le passé. « Notre comportement d’hier est différent de notre comportement aujourd’hui », dit-il en revenant sur les crises précédentes dans la région.
L’envoi des Su-30 au Niger donne une traduction concrète à cette nouvelle ligne. L’Algérie entend désormais répondre lorsqu’elle estime qu’une puissance extérieure menace ses propres intérêts. Dans l’entretien de Tebboune, cette démonstration de force au Sahel et l’affrontement avec Abou Dhabi appartiennent au même paysage stratégique.