Il pleuvait sur Rabat comme dans un vieux polar italien. Une pluie épaisse, collante, presque injuste. Parfait décor pour une finale de CAN qui ne voulait pas livrer son verdict autrement que dans la douleur. Sénégal–Maroc, 120 minutes de nerfs, de coups, de VAR, de panenkas ratées et, au bout, un homme qui soulève la coupe sans avoir marqué : Sadio Mané.
Le Sénégal n’a pas gagné ce match en écrasant. Il l’a gagné en résistant. En encaissant. En serrant les dents. 50,1 % de possession, 14 tirs, 7 cadrés, presque autant de passes que le Maroc, mais surtout une capacité rare à survivre à tout ce que le football moderne peut produire de chaos. Le Maroc a frappé plus (20 tirs), centré plus, insisté plus, mais a fini par se heurter à un mur sénégalais où Édouard Mendy jouait au videur de boîte de nuit.
Mané, lui, a commencé la soirée comme un capitaine en mission. Pas le Mané pyromane des grandes chevauchées, plutôt le Mané vigile, celui qui harcèle Bounou dès la 29e minute, qui recule, qui temporise, qui parle, qui gesticule. Quand le Sénégal vacille mentalement sur le penalty sifflé à la 90e, quand certains coéquipiers quittent la pelouse en signe de protestation, c’est lui qui reste. Lui qui fait de grands gestes, comme un grand frère au milieu d’une embrouille familiale. Résultat : Diaz panenka ratée, Mendy capte, le Sénégal respire encore.
Le Sénégal s’installe parmi les grands
La prolongation ressemble alors à un test de résistance mentale. La pluie redouble, les muscles brûlent, le Maroc pousse, touche la barre, assiège. Et puis, sur une perte de balle anodine, Pape Gueye déclenche une frappe venue d’ailleurs. Barre rentrante. 1-0. Le Sénégal mène. Le Sénégal tremble. Le Sénégal tient.
Mané ne marquera pas. Il ne fera pas de passe décisive. Mais il fermera son couloir, provoquera des fautes, gagnera du temps, parlera à l’arbitre, replacera les siens, comme un vieux briscard qui sait que les finales ne se gagnent pas toujours avec des highlights. Quand le coup de sifflet final retentit à 120’+3, il tombe à genoux. Pas pour la photo. Pour l’histoire.
Deux CAN. 2021 et 2025. Le Sénégal entre dans une autre dimension. Et Mané, sans avoir été le héros statistique, en a été le cœur battant. Celui qui a tenu quand tout pouvait lâcher. Celui pour qui, peut-être, on se devait vraiment de gagner.