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Décès de Mohammed Harbi, figure majeure et indocile de l’histoire algérienne


Mohammed Harbi, historien majeur de l’Algérie contemporaine et témoin critique de sa naissance tourmentée, s’est éteint en France à l’âge de 92 ans, selon ses proches. Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, près de Skikda, il aura traversé le XXᵉ siècle algérien de l’intérieur, d’abord comme acteur, puis comme analyste lucide et souvent dérangeant.

Militant très jeune du mouvement national, membre du FLN durant la guerre de libération, Harbi participa à l’édification du nouvel État avant d’en être progressivement marginalisé. Son refus des dogmes, son attachement à la pluralité politique et son exigence de vérité historique lui valurent l’exil, mais aussi une liberté intellectuelle rare.

Installé en France, il devint l’un des historiens les plus rigoureux de l’Algérie indépendante, déconstruisant les mythes fondateurs sans jamais renier l’idéal d’émancipation qui les avait portés.
Son œuvre, dense et souvent polémique, a ouvert des archives, posé des questions interdites et formé plusieurs générations de chercheurs.

Harbi considérait que l’histoire n’était ni un tribunal ni un mausolée, mais un outil de compréhension collective. À rebours des récits officiels, il a mis en lumière la complexité des trajectoires, les fractures internes du nationalisme et les occasions manquées de la démocratie algérienne.

Avec sa disparition, l’Algérie perd l’un de ses esprits les plus libres, et le Maghreb intellectuel l’une de ses consciences critiques les plus exigeantes.

Une conscience critique face à l’histoire officielle

Auteur notamment de Le FLN, mirage et réalité, ouvrage de référence sur la genèse et les dérives du parti-État, Mohammed Harbi a profondément renouvelé l’historiographie nationale. Ses mémoires, Une vie debout, offrent un témoignage rare, celui d’un homme engagé, contraint à l’exil mais jamais au renoncement, retraçant avec lucidité les espoirs, les fractures et les reniements qui ont jalonné l’histoire politique du pays.

Fidèle à une éthique du doute et à une exigence de vérité, il a fait de l’histoire non un instrument de légitimation, mais un espace de liberté. Son héritage intellectuel — rigoureux, parfois dérangeant, toujours nécessaire — survivra aux silences qu’il a longtemps affrontés et continuera d’éclairer les impasses comme les possibles de l’Algérie contemporaine.