Invitée par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, aux Rencontres afro-méditerranéennes de la pensée, qui se tiennent du 28 au 30 avril à Alger, la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, est arrivée en Algérie avec davantage qu’un agenda protocolaire. Dans un bref échange avec des journalistes, elle a laissé entrevoir une ambition plus large : faire de la culture un espace de circulation, de réparation et de dialogue, là où la politique peine souvent à trouver le ton juste.
Une feuille de route a été esquissée avec la ministre, dit-elle. Elle mêle patrimoine, histoire et création contemporaine. À Paris, l’IMA pourrait accueillir une parade consacrée aux rites du mariage et aux tenues traditionnelles, conçue comme une célébration de la diversité des héritages algériens. Une exposition sur les rites matrimoniaux est également envisagée dans le prolongement d’un travail de mise en valeur des patrimoines immatériels.
Le Sahara occupe une place centrale dans cette ambition. Malika Bendouda a insisté sur la conservation du patrimoine, la mise en lumière de l’art rupestre et la nécessité de raconter autrement ces paysages où se croisent mémoire humaine, routes anciennes et imaginaires contemporains.
Saint Augustin et la philosophie arabe comme passerelles
L’histoire politique n’est pas absente. La commémoration de l’Étoile nord-africaine pourrait offrir un autre point d’ancrage. Le rôle de l’historien Mohammed Harbi figure également dans les projets de l’IMA. Sur ces enjeux de mémoire qui nourrissent encore les tensions entre l’Algérie et la France, Anne-Claire Legendre estime que les historiens peuvent aider à replacer les blessures du passé dans une histoire plus ample, moins crispée, plus intelligible. « Quand les historiens se mettent autour de la table, ils peuvent faire bien les choses », résume-t-elle.
L’IMA se voit ici en facilitateur. Institution française tournée vers le monde arabe, il peut devenir un lieu de débat apaisé, de rencontres entre artistes, chercheurs et responsables culturels, mais aussi un relais vers d’autres scènes. Cette prudence se lit aussi dans la manière dont Anne-Claire Legendre évoque le terrain politique. Elle indique avoir eu l’occasion de saluer le président Abdelmadjid Tebboune, sans préciser le cadre de cet échange, ni le message éventuellement porté, ni la teneur de ce qui a pu se dire. À Alger, la communication française sur les sujets politiques demeure sensible, et les formulations restent calibrées.
Un autre rendez-vous est déjà évoqué : un sommet de la philosophie arabe en octobre, où la figure de saint Augustin pourrait servir de passerelle entre les rives. L’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron a souligné l’attachement de la France à la relation algéro-française et la volonté de la hisser au niveau qu’elle mérite.