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Kamel Daoud assigné devant la Justice française pour « atteinte à la vie privée »


L’écrivain Kamel Daoud, déjà sous le coup d’une procédure judiciaire en Algérie, se retrouve à présent assigné devant la justice française pour atteinte à la vie privée. Selon les informations de Mediapart, l’auteur, lauréat du prix Goncourt pour son roman Houris, a reçu son assignation par voie d’huissier lors d’une séance de dédicaces à Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, le 13 février.

La maison d’édition Gallimard est également visée par cette action en justice intentée par Saâda Arbane. Celle-ci réclame 200 000 euros de dommages et intérêts, affirmant que le roman Houris s’inspire de manière précise de sa vie et que son identité ainsi que son histoire y sont dévoilées.

Son avocat, William Bourdon, cité par le média en ligne, dénonce une « violation très grave de l’intimité » de sa cliente. La plainte met en avant une série de similitudes entre la vie de Saâda et le destin du personnage principal du roman, Aube, allant de leur lieu de naissance à leur parcours, en passant par des détails physiques.

Entre création littéraire et atteinte à la vie privée

Plus encore, le premier manuscrit du livre portait le titre Joie, traduction possible du prénom Saâda. Une version préliminaire de la dédicace mentionnait « une femme extraordinaire, la véritable héroïne de cette histoire », formulation qui a finalement disparu dans la version publiée. Pour les avocats de la plaignante, ces éléments démontrent que l’écrivain aurait sciemment puisé dans la vie d’une femme qui n’avait nullement consenti à un tel usage.

L’affaire prend une tournure plus complexe encore lorsque l’on examine les conditions dans lesquelles Kamel Daoud aurait eu accès à ces éléments. Saâda Arbane affirme avoir été suivie en psychiatrie pendant huit ans par l’épouse de l’écrivain, laquelle lui aurait demandé, lors d’un « café » chez les Daoud, l’autorisation de raconter son histoire dans un roman, ce à quoi elle aurait opposé un refus catégorique.

La défense de Kamel Daoud, citée par Le Point le 3 décembre 2024, plaide la simple coïncidence. L’écrivain affirme que les motifs qu’il décrit s’inspirent d’images accessibles au public et de faits divers tragiques survenus en Algérie. Toutefois, selon la plaignante, aucune autre femme ne correspondrait aux éléments décrits dans le roman : Saâda Arbane serait la seule Algérienne portant une canule à la suite d’un égorgement manqué.

Une affaire aux répercussions politiques

L’accusation soutient dès lors l’existence d’un « abus de confiance », estimant que l’auteur aurait exploité la relation professionnelle de son épouse afin d’obtenir des informations personnelles à des fins littéraires.

La maison d’édition Gallimard a réagi dans un communiqué dénonçant des attaques « diffamatoires émanant de certains médias proches d’un régime dont nul n’ignore la nature ». Antoine Gallimard, son président, affirme que Houris demeure une œuvre de fiction, même si elle fait écho à des épisodes de l’histoire récente de l’Algérie. « Après l’interdiction du livre et de notre maison d’édition au Salon du livre d’Alger, c’est au tour de son épouse, qui n’a aucunement sourcé l’écriture de Houris, d’être atteinte dans son intégrité professionnelle », conclut le communiqué.

Le tribunal judiciaire de Paris se prononcera sur cette affaire le 7 mai 2025.