Chargement ...

L’aggravation de la peine requise contre Dalila Touat


Dalila Touat, sans doute l’une des activistes les plus connues d’Algérie, vient à nouveau de comparaître devant la justice. Ce lundi 16 mai 2022, elle a dû répondre devant la cour d’appel de Mostaganem d’« outrage » à l’encontre de la direction de la prison d’Ain Tedles, contre laquelle elle avait porté plainte pour « mauvais traitements ».

En novembre 2021, lors du procès en première instance au tribunal d’Ain Tedles, la jeune femme a été condamnée à six mois de prison ferme, sans mandat de dépôt, jugement qui n’a pas du goût du ministère public puisque son représentant vient de requérir en appel l’aggravation de la peine.

Cette l’affaire remonte à mars 2021 lorsque Dalila Touat avait saisi la justice sur de mauvais traitements qu’elle dit avoir subis à l’établissement pénitentiaire d’Ain Tedles, en janvier et février, alors qu’elle y purgeait une peine de prison de 18 mois pour « outrage à agent public », « diffamation » et « publications de nature à porter atteinte à l’ordre public ».

Ayant été remise en liberté provisoire en février dans le cadre de l’élargissement de nombreux détenus politiques à la veille de la commémoration du deuxième anniversaire du Hirak, l’enseignante de physique porte plainte devant le procureur près la Cour de Mostaganem.

Dalila Touat, qui affirme avoir été « menacée, insultée et humiliée », ajoute avoir recouru à deux grèves de la faim en signe de protestation sans que l’administration pénitentiaire ne lui assure une assistance médicale.

« J’ai introduit des réclamations auprès de la direction, averti le collectif des avocats et écrit au procureur général près la Cour de Mostaganem. En vain. Aujourd’hui, je porte l’affaire devant la justice », a-t-elle alors expliqué aux médias qui s’intéressent à son cas. Mais, au moment où elle s’attendait à comparaître comme plaignante, Dalila Touat était surprise de se voir désigner le banc des accusés.

En effet, estimant avoir été calomniée et injustement attaquée, la direction de la prison d’Ain Tedles avait déposé une plainte pour diffamation. Et, alors qu’ils ignoraient quelles suites avaient été réservées à la requête de leur cliente, les avocats de Dalila Touat ont pris une douche froide. Elle est  traduite en justice pour diffamation et outrage.  

« La saisine de la justice est un droit constitutionnel garanti à tous les citoyens algériens (…) Le message véhiculé par ces poursuites est clair : on n’a pas le droit de porter plainte contre une injustice », a déploré l’un de ses avocats lors du procès en appel dénonçant les poursuites engagées contre la militante.

Devant la Cour de Mostaganem, Dalila Touat a, une nouvelle fois, rejeté l’outrage et la diffamation pour lesquels elle avait été condamnée à six mois ferme, et réaffirmé le bien-fondé de toutes les accusations qu’elle avait portées contre la prison.

Ses avocats ont plaidé la relaxe en soutenant que leur cliente ne pouvait être logiquement poursuivie, sa plainte contre l’établissement pénitentiaire étant toujours en cours de traitement.  « Comment la poursuivre, pire la condamner alors que les services compétents ne se sont pas encore prononcés sur le bien-fondé de ses accusations ? », s’est interrogé Me Mohamed Kerma, avocat du barreau de Sidi Bel-Abbès.

Pour rappel, Dalila Touat a dû faire face à plusieurs procès et a écopé de plusieurs peines dont la dernière en date remonte à mars 2022 lorsqu’elle a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour attroupement non armé. Pour cette affaire contre la prison d’Ain Taldes, le jugement est attendu pour le 23 mai.