Le bilan opérationnel 2025 de l’Armée nationale populaire (ANP) dresse le portrait d’une institution au cœur de la gestion sécuritaire du pays, engagée sur plusieurs fronts simultanés. Terrorisme résiduel, criminalité transnationale, flux migratoires et contrebande constituent désormais un continuum de menaces auquel les forces armées répondent par une présence territoriale renforcée et une logique d’intervention extensive.
Sur le front du terrorisme, les chiffres avancés — 67 terroristes neutralisés et plusieurs centaines de soutiens arrêtés — suggèrent moins une recrudescence qu’une persistance de poches actives. La stratégie semble avoir évolué. L’accent est mis sur les réseaux logistiques et les caches, plutôt que sur des opérations spectaculaires. Cela traduit une approche de containment à long terme, cohérente avec un phénomène désormais marginal mais jamais totalement éradiqué.
C’est toutefois la lutte contre la criminalité organisée qui concentre l’essentiel de l’effort et du discours. Les volumes saisis — dizaines de tonnes de cannabis, quantités significatives de cocaïne, millions de comprimés psychotropes — témoignent de l’intégration de l’Algérie dans des circuits criminels régionaux et internationaux. En réponse, l’armée agit comme une force de police élargie, opérant sur les frontières, les routes, les zones désertiques et les espaces économiques informels.
La dimension géopolitique n’est jamais loin.
Une armée au-delà du strict champ militaire
La référence explicite à la frontière occidentale ancre la lutte antidrogue dans le champ stratégique, les menaces n’étant pas seulement criminelles, elles sont aussi exogènes.
Au-delà des stupéfiants, la diversité des saisies — carburant, équipements industriels, denrées alimentaires — révèle une militarisation croissante de la lutte contre l’économie informelle et la spéculation. L’armée n’intervient plus uniquement pour neutraliser des acteurs violents, mais pour réguler des déséquilibres économiques qui constituent désormais des risques pour la stabilité sociale.
La question migratoire, traitée plus brièvement, s’inscrit dans cette même logique sécuritaire. Les arrestations massives de migrants irréguliers montrent que la mobilité humaine est abordée avant tout comme un enjeu de contrôle territorial, sans dimension humanitaire apparente dans la communication officielle.
Pris dans son ensemble, ce bilan ne se contente pas d’évaluer une année d’opérations. Il affirme que l’armée est omniprésente, garante non seulement de la sécurité, mais aussi de l’ordre économique et social.