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Le FFS parie sur une reconquête politique


À quelques mois des échéances législatives et locales, le Front des forces socialistes (FFS) affine sa ligne : participer sans illusion à un jeu politique qu’il juge verrouillé, tout en tentant d’y réinvestir un espace en voie d’atrophie.

Réunis le 28 mars, les cadres du parti ont entendu un diagnostic sans concession. Dans son discours, le premier secrétaire national, Youcef Aouchiche, a décrit un double étau : un environnement international dominé par la « politique de la force » et, en interne, un « repli autoritaire » qui « fragilise le lien national et affaiblit la capacité du pays à faire face aux défis stratégiques auxquels il est confronté ». À cette grille de lecture s’ajoute un constat plus préoccupant pour la formation historique de l’opposition : la démobilisation politique.

Le FFS ne se fait guère d’illusions sur les règles du jeu. « La participation politique ne peut être authentique que dans un cadre garantissant la libre expression, l’égalité des chances, la transparence et l’intégrité des processus électoraux », a insisté Aouchiche, pointant les limites du cadre électoral actuel. Les contraintes bureaucratiques, comme la collecte de signatures, et le paysage médiatique déséquilibré sont autant d’indices d’une compétition biaisée. Pourtant, le parti refuse de se retirer.

Le pari est ailleurs. Il consiste à réinvestir progressivement le champ politique, non à le contester frontalement. « Ces élections ne sont pas une fin en soi. Elles sont un moment de vérité », a-t-il affirmé. « Réhabiliter l’acte politique » devient ainsi une tentative de réancrage dans une société gagnée par la défiance. Le parti vise à élargir son implantation au-delà de ses bastions traditionnels et de reconstruire une présence nationale.

Cette ligne traduit une tension assumée : dénoncer un système fermé tout en y participant. Loin d’un appel à la rupture, le FFS opte pour une stratégie d’usure, misant sur la reconquête graduelle de crédibilité politique plutôt que sur une confrontation directe avec le pouvoir.

Dans un paysage marqué par la résurgence de pratiques que le Hirak avait semblé balayer, cette approche prudente témoigne des marges étroites dont disposent encore les partis d’opposition. Elle souligne aussi un pari risqué : celui d’exister dans un système sans parvenir à le transformer — du moins à court terme.