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L’impôt algérien change de méthode


La Loi de finances pour 2026 marque un tournant discret mais structurant dans la politique fiscale algérienne. À travers un communiqué détaillé diffusé début janvier 2026, la Direction générale des impôts expose une réforme à plusieurs étages, mêlant simplification administrative, élargissement de l’assiette fiscale, lutte renforcée contre la fraude et soutien ciblé à l’économie réelle.

Derrière la technicité apparente des mesures, une logique se dessine, celle de faire entrer davantage d’acteurs dans le champ fiscal tout en rendant l’impôt plus prévisible, plus traçable et plus difficile à contourner. L’État ne cherche plus seulement à taxer davantage, mais à taxer mieux.

Le premier axe mis en avant par le communiqué est la simplification. L’État cherche à réduire l’insécurité juridique qui nourrit traditionnellement l’évitement fiscal. Le régime de l’Impôt Forfaitaire Unique (IFU) est ainsi stabilisé, ses modalités de déclaration et de paiement clarifiées, notamment pour les micro-importateurs, désormais imposés à chaque opération douanière sur une base forfaitaire intégrant une marge de 30 %.

Dans le même esprit, certaines taxes – comme celles liées à la formation professionnelle – passent d’un rythme annuel à semestriel, tandis que le taux réduit de TVA (9 %) est étendu à des secteurs à forte utilité sociale à l’image du logement ancien, du transport de voyageurs par bus, de la formation professionnelle ou des services de santé. Il s’agit de simplifier pour mieux faire respecter la règle.

Mais l’ère de la tolérance a ses limites

La main tendue n’exclut pas le poing fermé. La Loi de finances 2026 ménage une porte d’entrée pour les contribuables restés en marge. Un dispositif exceptionnel de régularisation volontaire permet de déclarer des revenus non déclarés moyennant un impôt libératoire unique de 8 %, sans pénalités ni poursuites. Les dettes fiscales anciennes – antérieures à 2011 – sont annulées, tandis que celles arrêtées à fin 2025 peuvent être réglées avec remise partielle des pénalités.

Cette approche repose sur un constat simple : l’élargissement de l’assiette fiscale passe d’abord par la réintégration de l’informel, plutôt que par la seule répression.

Car en parallèle, le ton se durcit. Le contrôle de la comptabilité informatisée est désormais strictement encadré, avec des obligations lourdes pour les entreprises et les éditeurs de logiciels. Les sanctions pour fraude fiscale sont alourdies, en particulier en cas de fraude organisée, numérique ou transnationale, passible de peines pouvant atteindre dix ans de prison et dix millions de dinars d’amende.

Les secteurs sensibles – métaux précieux, pierres gemmes, trusts étrangers – font l’objet d’un encadrement renforcé, avec registres obligatoires, autorisations préalables et obligations déclaratives nouvelles. La traçabilité devient un principe cardinal de la fiscalité algérienne.

Faire rentrer l’impôt sans casser la croissance

Pour accroître les recettes, l’État privilégie une fiscalité ciblée. Les biens de luxe (yachts, jets-skis), certaines taxes de sortie du territoire et des droits de timbre sont revalorisés. En revanche, les produits de large consommation restent largement exonérés de TVA afin de préserver le pouvoir d’achat.

Mieux encore, la Loi de finances 2026 soutient activement l’investissement à travers la baisse de la retenue à la source sur les dividendes, la prolongation des avantages fiscaux pour les start-ups, et les incitations à la recherche, à l’innovation et à la transition énergétique. Les grandes entreprises sont même tenues de consacrer une part minimale de leurs bénéfices à la R&D.

Loin d’une logique purement budgétaire, la Loi de finances 2026 esquisse un État fiscal plus stratège. Elle combine incitation et contrainte, simplification et digitalisation, justice sociale et fermeté répressive. Son succès dépendra moins de la qualité des textes que de leur mise en œuvre, et de la capacité de l’administration à accompagner – et non seulement sanctionner – les contribuables.

En filigrane, une ambition se dessine, celle de normaliser le rapport à l’impôt, condition indispensable d’une économie plus formelle, plus compétitive et plus durable. Reste à savoir si cette normalisation fiscale saura s’imposer dans la pratique, dans un pays où l’informel demeure aussi une stratégie de survie.