Il y a parfois dans la trame du réel une ironie tragique, comme un dernier raccord entre la vie et l’écran. C’est au moment même où son œuvre la plus complète, Chronique des années de braise, retrouvait la lumière des projecteurs dans sa version restaurée à la 78ᵉ édition du Festival de Cannes, que Mohammed Lakhdar-Hamina s’est éteint à Alger, à l’âge de 95 ans. Un dernier fondu au noir pour celui qui reste porteur de l’unique palme d’or africaine.
En ce vendredi 23 mai, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa Palme d’Or, le festival célébrait le retour de son film dans la section Cannes Classics, œuvre restaurée en 4K par la Lucas Film Foundation. Né en 1930, Mohammed Lakhdar-Hamina a été le chantre d’un cinéma lyrique et ample. En 1967, Le « Vent des Aurès » révélait au monde la dignité blessée mais invaincue des mères algériennes. En 1975, « Chronique des années de braise » remportait la Palme d’or, première et unique Palme africaine à ce jour.
Hamina laisse une filmographie restreinte mais importante: « Hassen Terro », « Décembre », « Vent de sable », « La Dernière Image » ainsi qu’une empreinte en tant que producteur. Il aura œuvré à l’émergence d’un cinéma connecté aux luttes du monde. De « Z » de Costa-Gavras à « Le Bal » d’Ettore Scola, son nom figure au générique de plusieurs autres films.
Le communiqué de sa famille souligne la portée de son héritage : « Il avait su établir un véritable pont culturel entre le Sud et l’Occident, devenant la voix du tiers-monde et de son pays pendant près de quarante ans ». Et de rappeler : « Lakhdar-Hamina était l’un des derniers grands maîtres du cinéma épique et lyrique, laissant une empreinte indélébile sur le festival international de Cannes et sur le cinéma en général ».
Lors de la projection à Cannes, Sofiane Zermani (allias Fianso) qui présentait le film disait : « Chronique des années de braise nous dit : « Vous avez le droit de savoir, vous avez le droit de vous souvenir, vous avez le droit d’être fiers ».