Il est parti sans être parvenu à connaître la vérité sur l’assassinat de son père, le défunt président du Haut Comité d’État (HCE), assassiné à Annaba le 29 juin 1992, alors qu’il prononçait un discours devant les cadres réunis à la maison de la culture.
Contestant la version officielle sur cet assassinat, qui a conclu à un acte isolé commis par le lieutenant du groupe d’intervention spéciale (GIS), Lembarek Boumaarafi, il a quêté inlassablement la vérité sur le guet-apens mortel qui a été tendu à son père. En vain. Impuissant face à l’omerta.
Selon plusieurs sources médiatiques qui citent son frère Tayeb, Nacer Boudiaf a rendu l’âme à Bruxelles dans la nuit du mardi 25 novembre. Il souffrait d’un cancer. Il est décédé à l’âge de 62 ans.
Nacer Boudiaf a passé 25 années à chercher la vérité sur les commanditaires de l’assassinat de son père, criblé dans le dos de balles de Kalachnikov, alors qu’il prononçait un discours diffusé en direct à la télévision. Mais, en 2017, il a dû renoncer à sa quête, qu’il a estimée vaine face à la loi du silence.
« Cela fait 25 ans que je cours après la vérité, cela n’a servi à rien ! J’ai compris que le plus important n’était pas de découvrir la vérité mais plutôt, avec l’aide du peuple, de mettre le système qui l’a assassiné hors d’État de nuire », déclarait-il à TSA.
Le destin contrarié de Mohamed Boudiaf
Coordinateur du groupe des « 22 » qui planifie et organise le déclenchement de la guerre de libération nationale, puis membre du groupe des « 6 » qui décide de passer à l’acte et en fixe la date, Mohamed Boudiaf connaît l’infortune politique à l’indépendance du pays en 1962.
Arrêté en 1963 et emprisonné dans le Sud algérien par Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf quitte l’Algérie en 1964. Il s’exile au Maroc où il passe 28 ans. En 1992, il répond favorablement à l’appel pour la sauvegarde de l’Algérie, qui subissait les premiers assauts de l’islamisme armé, le terrorisme.
Le président Chadli Bendjedid, forcé à la démission, quitte ses fonctions le 11 janvier 1992. L’Assemblée populaire nationale (APN) ayant été dissoute, un Haut Comité d’État (HCE) est créé pour suppléer à la vacance institutionnelle. Mohamed Boudiaf en est désigné président le 16 janvier 1992.
Malgré sa courte présidence du HCE (janvier 1992 – juin 1992), Mohamed Boudiaf a réussi à conquérir le cœur des Algériens à qui il a su parler. Il mettait les mots sur les maux, sans populisme ni démagogie. Il est alors surnommé affectueusement « Si Tayeb El Watani ».
Mohamed Boudiaf avait pour projet de lutter contre le système mafieux qui avait pris le pays en otage et qui semait la corruption et les injustices comme une gangrène. Cette lutte, il la clamait publiquement. Cette guerre frontale qu’il déclarait au système et aux réseaux mafieux qu’il a enfantés lui a été fatale.