Le fils de Frantz Fanon, Olivier, a publié une réaction virulente à une chronique de Kamel Daoud, dénonçant ce qu’il qualifie d’errance mémorielle et politique autour de la figure du penseur anticolonial.
Dans un texte au ton glacialement ironique, Olivier Fanon reproche à l’écrivain algérien de multiplier les interrogations tardives sur l’engagement de son père dans la Révolution algérienne, sa rupture avec le colonialisme français et son choix d’être inhumé en Algérie indépendante. Des faits, rappelle-t-il, qui relevaient de décisions claires, assumées et consignées, y compris dans les dernières volontés de Frantz Fanon.
Le rappel se veut précis, presque clinique. Frantz Fanon combattait sous le nom de guerre « Omar Ibrahim Fanon », identité sous laquelle son décès fut enregistré à Bethesda, aux États-Unis. Sa sépulture se trouve à Aïn Kerma, en Algérie, dans un cimetière réservé aux moudjahidine. Un détail que son fils juge manifestement utile de rappeler à ceux qui semblent découvrir, un siècle plus tard, la géographie et la nature du combat fanonien.
Le tourisme mémoriel comme impasse politique
La charge devient plus corrosive lorsque le texte évoque le déplacement de Kamel Daoud en Martinique, sur les traces de Fanon. Olivier Fanon décrit ce voyage comme un itinéraire relevant davantage du guide touristique que de l’analyse politique, soulignant que Fort-de-France n’est pas une terre libérée mais un département français. Dès lors, s’étonner que Fanon n’y soit pas célébré comme une figure de la lutte anticoloniale relèverait, selon lui, d’une incompréhension fondamentale — ou feinte — du legs fanonien.
Sous l’ironie affleure une accusation plus lourde : celle d’une lecture décontextualisée, sinon aseptisée, d’un penseur dont l’œuvre fut indissociable d’un engagement armé et d’un choix de camp irrévocable. Pour Olivier Fanon, convoquer Frantz Fanon hors de l’Algérie, hors de la lutte, revient à le neutraliser politiquement.
La fin du texte abandonne l’ironie pour une injonction sèche à la décence. Le fils rappelle qu’il se recueille régulièrement sur les tombes de ses parents, à Aïn Kerma et au cimetière d’El Kettar, et appelle au respect dû aux morts. La formule finale, brève et sans fioritures — « Gloire à nos martyrs » — tranche avec les circonvolutions intellectuelles qu’il reproche au « Prix Goncourt ».
Par son ton autant que par son contenu, la prise de position d’Olivier Fanon agit comme un rappel utile : Frantz Fanon n’est ni un objet littéraire ni un prétexte de débat tardif, mais une figure historique située, enterrée et assumée — en Algérie.