Un appel téléphonique peut parfois en dire plus que de longs sommets diplomatiques. Le 15 mars, le ministre des affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est entretenu avec son homologue français Jean-Noël Barrot. Les communiqués publiés de part et d’autre illustrent une tentative prudente de remettre en mouvement une relation bilatérale régulièrement secouée par les crises politiques et mémorielles.
Le communiqué français insiste sur la volonté de relancer une coopération pour qu’elle « produise des résultats tangibles, dans l’intérêt des deux pays ». Paris a rappelé la situation de Christophe Gleizes, un ressortissant français en prison en Algérie, dont le cas reste sensible dans les relations entre les deux pays. Le texte français mentionne aussi les discussions de haut niveau récemment consacrées à la question du Sahara occidental, signe que ce dossier demeure un point de vigilance diplomatique.
La version algérienne adopte un ton plus régional. Elle évoque un échange sur l’état des relations bilatérales, mais insiste surtout sur les dossiers stratégiques : la situation au Sahel, les développements autour du processus de règlement du Sahara occidental et les tensions croissantes au Moyen-Orient. Les deux ministres ont notamment exprimé leur inquiétude face aux évolutions au Liban, un sujet de préoccupation commun.
Les priorités diffèrent, mais la conclusion converge : maintenir le dialogue. Dans un contexte international marqué par « l’accumulation des crises », selon la formule française, Paris et Alger semblent chercher à stabiliser un partenariat aussi nécessaire qu’imprévisible. Pour deux capitales habituées aux accès de froid diplomatique, la normalité passe désormais par ces conversations discrètes — modestes signaux d’une relation qui oscille, depuis des décennies, entre crispation et nécessité stratégique.