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Quand la redéfinition du littoral algérien révèle un déficit de gouvernance


Lorsque la ministre algérienne de l’Environnement a annoncé, en juin 2023, que le linéaire côtier national atteignait désormais 2 148 kilomètres, la révision a été présentée comme une avancée majeure. Deux ans plus tard, le rapport de la Cour des comptes sur le Commissariat national du littoral montre que cette mise à jour cartographique révèle moins une nouvelle réalité stratégique qu’un déficit persistant de gouvernance publique.

La réévaluation repose avant tout sur l’amélioration des outils de télédétection et des méthodes de mesure. Elle ne traduit ni une transformation physique du territoire ni un changement structurel des capacités maritimes du pays. Autrement dit, le chiffre a changé plus vite que les conditions permettant d’en tirer parti.

Le rapport de la Cour de décembre 2025 met en lumière un appareil institutionnel fragmenté, marqué par une coordination limitée, des ressources humaines insuffisantes et des systèmes d’information incomplets. Le Commissariat chargé du littoral opère dans un cadre contraint, sans disposer des moyens nécessaires pour assurer une planification cohérente de la façade maritime.

Une capacité institutionnelle encore en décalage

Or, l’allongement du linéaire côtier accroît mécaniquement les exigences en matière de surveillance, de protection environnementale, d’aménagement et de régulation économique. Sans renforcement parallèle des capacités administratives, ce qui est présenté comme un atout stratégique risque de devenir une source supplémentaire de vulnérabilité.

La réévaluation du littoral algérien met ainsi en lumière un écart entre les avancées réalisées en matière de production de données et la capacité à les traduire en politiques publiques opérationnelles. Tant que cet écart subsistera, la reconnaissance du potentiel maritime continuera surtout à relever d’un cadre déclaratif, plus que d’un levier pleinement intégré à l’action publique.

En définitive, la question n’est pas celle de la longueur du littoral, mais de la maturité de l’État dans la gestion de son espace maritime. Sur ce terrain, les chiffres, aussi précis soient-ils, ne remplacent ni la cohérence institutionnelle ni la capacité d’exécution.