À première vue, la nouvelle note adressée aux banques par la Banque d’Algérie le 4 janvier 2026 ressemble à un simple rappel réglementaire. Elle ne l’est pas. Lue attentivement — et surtout à la lumière de celle du 22 décembre — elle apparaît comme un discret mais net rétropédalage de l’autorité monétaire, révélateur des tensions qui traversent aujourd’hui la politique financière du pays.
La note de décembre avait frappé par sa fermeté. Les dépôts en espèces y étaient implicitement stigmatisés, relégués au rang de pratique à haut risque, tolérée à titre exceptionnel. L’objectif était de reprendre la main sur des flux financiers dominés par le liquide, réduire l’économie informelle et accélérer la migration vers les paiements scripturaux. L’effet fut immédiat, mais brutal. Banques frileuses, comptes ralentis et commerçants désemparés, le remède s’est révélé presque aussi perturbateur que le mal.
La note du 4 janvier adopte un ton sensiblement différent. Les versements en espèces y sont de nouveau explicitement autorisés, au même titre que les moyens scripturaux, à condition qu’ils soient cohérents avec le chiffre d’affaires réel — quotidien ou hebdomadaire — et avec le profil économique du client. Le cash n’est plus un suspect par nature, mais un flux à contextualiser. La hiérarchie implicite des instruments de paiement disparaît, remplacée par un principe de proportionnalité plus classique, conforme aux standards internationaux de vigilance.
Ce changement de cap n’est pas anodin. Il traduit une reconnaissance tacite d’un fait structurel selon lequel l’économie algérienne reste massivement dépendante du cash, et que toute tentative de transition trop abrupte risque d’asphyxier l’activité formelle plutôt que de discipliner l’informelle. En cherchant à moderniser trop vite, le régulateur s’est heurté à la réalité sociale et opérationnelle du terrain.
Un signal venu d’en haut
Le timing de cette inflexion interroge d’autant plus qu’elle intervient le jour même d’un bouleversement au sommet. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis fin, sans explication officielle, aux fonctions de Salah Eddine Taleb, gouverneur de la Banque d’Algérie. L’intérim a été confié à Moatassem Boudiaf, vice-gouverneur connu pour son engagement passé en faveur de la numérisation des paiements et de l’e-paiement.
Aucune causalité formelle n’a été établie entre ces deux événements. Mais leur proximité nourrit les spéculations. La stratégie de durcissement rapide du contrôle des flux financiers a-t-elle été jugée prématurée ? Ou mal calibrée politiquement ? Dans un pays où l’inclusion financière reste fragile, le régulateur marche sur une ligne étroite entre discipline et paralysie.
La nouvelle note n’abandonne pas l’objectif de traçabilité. Elle en modifie la méthode. Moins de doctrine, plus d’ajustement. Moins d’interdit, plus d’arbitrage. Reste à savoir si cette approche graduelle suffira à moderniser le système de paiement sans provoquer de nouvelles frictions. En Algérie, le cash a la vie dure — et la réforme monétaire, elle, apprend à composer avec le temps long.