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Trump recule sur le Groenland après avoir testé les limites de l’OTAN à Davos


Après avoir flirté avec une crise géopolitique majeure sur fond de menaces douanières et d’appropriation territoriale digne du XIXᵉ siècle, Donald Trump a finalement reculé. Mercredi, le président américain a annulé les droits de douane qu’il promettait d’imposer à huit pays européens pour forcer la main de l’OTAN sur le Groenland, se contentant désormais d’un vague « cadre pour un futur accord » sur la sécurité arctique.

Retraite tactique ou victoire stratégique ? Le revirement est intervenu peu après un discours à Davos où Trump avait, une fois encore, confondu posture martiale et négociation diplomatique. Face à un auditoire médusé, il a expliqué que les États-Unis réclamaient un territoire « froid et mal situé », tout en rappelant à l’Europe qu’elle devait son salut historique à Washington. La demande, selon lui, était « minime ». La menace, en revanche, ne l’était pas : droits de douane punitifs, remise en cause de la solidarité de l’OTAN et allusions appuyées à l’usage de la force.

Moins de vingt-quatre heures plus tard, changement de ton. Après un échange avec le secrétaire général de l’OTAN, Trump a annoncé la suspension des tarifs et l’ouverture de discussions sur la sécurité de l’Arctique, notamment autour du programme antimissile « Golden Dome ». Aucun détail concret, sinon la promesse de discussions futures — une spécialité devenue marque de fabrique.

En Europe, le soulagement a été immédiat mais teinté de lassitude. Le Danemark a salué l’abandon explicite de toute prise du Groenland « par la force », tout en rappelant ses « lignes rouges » : la souveraineté n’est pas négociable. En coulisses, des responsables européens évoquent l’hypothèse d’un compromis consistant à renforcer la présence militaire américaine sur l’île, solution qui permettrait à Trump de sauver la face sans redessiner les cartes du monde.

Une crise fabriquée, des alliés échaudés

Cet épisode illustre une nouvelle fois la méthode Trump, à savoir créer une crise maximale, tester la solidité des alliances, puis présenter un retour au statu quo comme un geste de grandeur — voire de générosité. La différence, cette fois, est que la manœuvre a frôlé la rupture d’une alliance centrale de l’ordre international occidental.

À Nuuk, la capitale groenlandaise, la réaction a été plus concrète. Le gouvernement local a publié un guide de préparation aux crises, appelant les habitants à stocker nourriture et carburant. Les Groenlandais ont fait leurs courses comme on se prépare à une tempête — non climatique, mais diplomatique. Être réduit, dans les propos d’un président américain, à un « glaçon » a laissé des traces.

Ironie supplémentaire : le discours de Davos devait initialement porter sur la baisse des prix de l’immobilier aux États-Unis et la lutte contre le coût de la vie. Le sujet a été relégué au second plan, éclipsé par une obsession territoriale et géopolitique. Lorsqu’il a finalement évoqué le logement, Trump a expliqué que faire baisser les prix risquait de rendre les propriétaires « plus pauvres » — un raisonnement qui, là encore, inverse la logique de l’accessibilité qu’il prétend défendre.

Au final, Trump repart de Davos sans le Groenland, sans droits de douane mais avec un engagement à discuter plus tard. Il laisse derrière lui une Europe échaudée, un Groenland inquiet et une alliance atlantique rappelée à une évidence inconfortable : sa stabilité dépend aussi de la capacité de Washington à ne pas confondre diplomatie, intimidation et improvisation. Une leçon que, jusqu’ici, le président américain semble déterminé à tester encore et encore.