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Un Conseil pour la mécanisation agricole, en attendant les machines


L’Algérie victorieuse a découvert une nouvelle vérité agricole selon laquelle, avant de labourer la terre, il faut d’abord labourer l’organigramme. Ainsi naît le Conseil national de la mécanisation agricole à l’issue d’une réunion présidée lundi 19 janvier par Abdelmadjid Tebboune, dernier-né d’une longue lignée d’instances chargées d’aider les agriculteurs… à condition qu’ils sachent remplir les formulaires.

L’objectif est noble, censé mécaniser, moderniser et rentabiliser. Les moyens, eux, sont familiers. Réunions, commissions, sous-commissions et, bien sûr, rapports. Beaucoup de rapports. Le tracteur n’avance pas encore, mais le procès-verbal, lui, est déjà validé.

Officiellement, ce Conseil doit coordonner l’agriculture, l’industrie et le commerce extérieur. En pratique, il risque surtout de coordonner les signatures. L’agriculteur, lui, continue de louer un matériel rare, cher, souvent en panne, pendant que l’État loue une idée déjà usée, à savoir centraliser pour aller plus vite.

La création de coopératives de location de matériel est une bonne idée. C’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être simple. Mais l’administration algérienne a un talent particulier, celui de transformer une solution pragmatique en parcours initiatique. Pour louer un tracteur, il faudra peut-être bientôt une attestation prouvant que le champ existe réellement.

Le vrai danger n’est pas la bureaucratie — elle est éternelle — c’est plutôt sa productivité. Quant au nouveau Conseil, s’il ne produit pas de machines, il aura au moins réussi à mécaniser le discours.

L’agriculture a besoin de fer, de pièces détachées et de gasoil. Elle reçoit depuis des années surtout du papier. En Algérie, la terre est fertile, c’est la mise en œuvre qui reste obstinément en jachère.