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Youcef Belaïli, notre Pablo algérien

Youcef Belaïli a réussi une carrière que beaucoup lui envieraient, tout en donnant le sentiment d’avoir pu aller bien plus haut. Talent rare, choix contestables, entourage envahissant et contrats à rebondissements : « Pablo » reste à la fois un immense joueur et une carrière inachevée.


Youcef Belaïli dans les bras des supporters après son but face au Los Angeles FC, lors de la Coupe du monde des clubs, le 20 juin 2025 à Nashville. Photo : George Walker IV/AP.

À 34 ans, Youcef Belaïli revient encore. Le TAS vient de lever la suspension qui menaçait une nouvelle fois sa carrière et l’Espérance de Tunis l’a réintégré. Pour n’importe quel autre joueur, ce serait un énième rebondissement. Chez Belaïli, c’est presque une manière de vivre. Car l’Algérie n’a peut-être jamais produit un footballeur aussi doué pour éliminer son défenseur et se compliquer lui-même l’existence.

On l’appelle Pablo. Le surnom lui va peut-être mieux que n’importe quelle comparaison footballistique. Il dribble quand la passe serait plus raisonnable, ralentit quand tout le monde accélère, invente un extérieur du pied là où le manuel réclame un contrôle propre. Il ne cherche pas le geste efficace, mais celui qu’il a envie de faire.

Belaïli peut agacer pendant vingt minutes puis inventer en une seconde ce que personne sur le terrain n’avait vu. Il joue avec le défenseur autant qu’avec le ballon. Et parfois avec les nerfs de son entraîneur. Un talent aussi libre aurait eu besoin, autour de lui, d’une carrière mieux organisée.

Les retards sont anciens. Raoul Savoy, qui l’a entraîné au MC Oran, se souvenait déjà d’un garçon « indépendant », « rebelle » et rétif aux carcans. En 2015 arrive le séisme. Contrôlé positif à la cocaïne avec l’USM Alger, Belaïli voit sa carrière interrompue en plein décollage. La sanction de quatre ans sera finalement ramenée à deux par le Tribunal arbitral du sport. Deux années perdues entre 23 et 25 ans, précisément l’âge auquel les grands joueurs construisent leur place en Europe.

Beaucoup de clubs, peu de continuité

Il revient. Évidemment qu’il revient. Mais Angers ne lui offre presque rien. Il repart à Tunis, gagne, devient champion d’Afrique avec l’Algérie en 2019 et rappelle à tout le monde ce qu’il aurait pu devenir. La suite l’emmène en Arabie saoudite, au Qatar, à Brest, à Ajaccio, à Alger puis à Tunis. Beaucoup de clubs et trop peu de continuité.

Puis il y a son père. Hafid Belaïli, longtemps son agent, a beaucoup pesé sur ses choix de carrière.

Youcef Belaïli est un adulte et certaines de ses erreurs n’appartiennent qu’à lui. Mais le poids de père dans ses choix n’a pas toujours servi sa carrière sportive. Fin 2021, lorsqu’une possibilité de rejoindre la Liga se présente, Foot Mercato rapporte qu’un club espagnol propose environ 600 000 euros nets annuels. Son père refuse et espère obtenir près de 2 millions. Belaïli a alors 29 ans et cherche précisément la grande aventure européenne qui manque à son CV. Elle ne viendra pas.

À force de vouloir protéger la valeur marchande du fils, son entourage a parfois semblé oublier la valeur sportive d’une carrière. Le meilleur contrat n’est pas toujours celui qui rapporte le plus immédiatement.

Belaïli, lui, n’a jamais vraiment eu ce plan de carrière.

Brest lui offre encore une porte vers la Ligue 1 en janvier 2022. Huit mois plus tard, il demande à partir. Le directeur sportif Grégory Lorenzi évoque alors son mal-être et l’éloignement de sa famille. À Ajaccio, l’histoire se termine à nouveau dans le conflit. Des années plus tard, le contentieux contractuel avec le club corse lui vaut même une suspension d’un an prononcée par la FIFA en mars 2026, finalement levée par le TAS le 14 août.

Au MC Alger, il régale, marque, fait lever les tribunes et participe au titre, mais collectionne aussi les altercations avec les arbitres. En 2024, la commission de discipline lui inflige six matches de suspension, dont deux avec sursis.

Même ses contrats font des prolongations

Et à 34 ans, deux clubs se disputent encore sa signature. Fin juillet, le MC Alger annonce un « accord définitif » pour son retour. Une fois sa suspension levée par le TAS, l’Espérance annonce pourtant l’activation d’un contrat signé avec Belaïli. Le MCA affirme à son tour disposer d’un engagement du joueur. Belaïli le conteste et demande au club algérois de produire sa signature. Même à ce stade de sa carrière, choisir un club devient une affaire entre deux pays, deux directions et plusieurs versions d’un même contrat.

Voilà Belaïli.

Un joueur capable de perdre deux ans pour dopage, une occasion d’aller en Espagne pour une négociation salariale, une aventure française faute de stabilité, puis de revenir et d’être encore celui qu’on attend pour inventer quelque chose avec un ballon.

Le plus triste n’est donc pas qu’il ait raté sa carrière. Ce serait faux. Belaïli a gagné la CAN, des Ligues des champions africaines, des championnats et l’amour d’un public qui lui pardonne presque tout.

Youcef Belaïli a réussi une très belle carrière alors qu’il avait probablement les pieds pour en faire une immense. Et c’est peut-être pour cela que l’Algérie l’aime autant. Avec Belaïli, on a toujours vu en même temps le joueur qu’il était et celui qu’il aurait pu devenir.