L’Europe, qui se préoccupe au sujet de ses approvisionnements en énergie, en gaz notamment, après son boycott des produits russes, suit de près et non sans inquiétudes le réaménagement contractuel conclu il ya quelques jours entre la Sonatrach et le groupe italien ENI et qui se matérialisera par la livraison de 9 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires par an pour les deux années 2023 et 2024.
Petits et grands clients européens de l’Algérie n’y sont pas restés indifférents, même si, pour le moment, seule l’Espagne affiche ouvertement ses inquiétudes. Souvent dans le secret des tractations sur les questions et dossiers énergétiques, l’agence Bloomberg pense savoir que, sitôt le nouveau contrat gazier conclu entre Sonatrach et ENI, des diplomates espagnols, soucieux des retombées de l’accord sur l’approvisionnement de l’Espagne, ont pris attache avec leurs homologues italiens.
Les craintes espagnoles sont d’autant plus justifiées qu’au plan diplomatique Alger et Madrid sont en froid. Le revirement de la position espagnole dans le dossier du Sahara Occidental, exprimée par le président du gouvernement Pedro Sanchez, a irrité au plus haut point Alger qui a rappelé son ambassadeur à Madrid. Depuis, c’est le statu quo.
Dans un tel contexte, l’Espagne n’est pas du tout rassurée quant à sa coopération énergétique avec l’Algérie. Elle redoute que cette situation impacte négativement cette coopération qu’à Alger on a fait savoir que les relations avec certains partenaires de la rive sud de l’Europe seront modulées. Nul besoin d’un dessein pour saisir que l’Italie se présente en première ligne des dits partenaires. La preuve, si besoin est, a été fournie par la signature tout récemment du contrat entre Sonatrach et ENI. Un contrat qui est aussi le fruit d’une entente politique.
Les inquiétudes espagnoles se font également autour de la capacité de l’Algérie à maintenir ses approvisionnements en gaz, à présent que l’Italie lui en achète une quantité supplémentaire. Ceci même si, du côté algérien, on a déjà assuré que la capacité de production devrait aller crescendo pour être doublée d’ici 2026. Un investissement de 39 milliards de dollars a été prévu pour atteindre cet objectif.
Outre l’Espagne, d’autres pays européens, soucieux de compenser la baisse de leur approvisionnement en gaz russe, ont le regard tourné vers Alger. La France n’est pas en reste, même si elle ne s’approvisionne en gaz russe qu’à hauteur de 11%. D’abord politique, la visite en Algérie ce mercredi 13 avril 2022 du ministre français des affaires étrangères Jean Yves le Drian n’occultera certainement pas le volet relatif à la coopération énergétique.