Chargement ...

FIFA: Gianni Infantino se met l’Europe sur le dos


On ne sort pas indemne d’une proximité avec le président américain Donald Trump. Gianni Infantino, le président de la FIFA, le vérifie aujourd’hui à ses dépens, avec l’effet boomerang provoqué par son projet d’ouvrir les activités commerciales de l’organisation aux capitaux privés. Parmi les investisseurs qui lorgnent déjà cette manne figure Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.

Il est donc difficile de ne pas voir l’ombre du président américain derrière cette idée d’Infantino. Le projet porte la marque d’un trumpisme appliqué au football : transformer une institution sportive mondiale en produit financier, livrer ses compétitions aux investisseurs et soumettre leur organisation aux exigences de rentabilité.

L’UEFA et plusieurs autres confédérations ne s’y sont pas trompées. Réunie en urgence jeudi 30 juillet, l’instance européenne a rejeté à l’unanimité de ses 55 membres le projet ultralibéral de Gianni Infantino. Un refus qui pourrait contraindre le très contesté président de la FIFA à reculer.

L’UEFA menace même de boycotter les compétitions de la FIFA, à commencer par le Mondial féminin de 2027 au Brésil, si le projet venait à être maintenu et exécuté. « À la suite de la discussion d’aujourd’hui, aucune équipe nationale de l’UEFA ne participera à aucune compétition de la FIFA tant que ces propositions resteront d’actualité », avertit-elle.

L’instance européenne ajoute qu’à partir du moment où des investisseurs extérieurs acquièrent des participations dans les compétitions de la FIFA, le football change définitivement de nature. Le rendement commercial devient une obligation permanente et les attentes des investisseurs une pression quotidienne.

Quand Trump étend son empire au football

La FIFA envisage de lever plusieurs milliards de dollars en cédant une partie de ses activités commerciales à des capitaux privés. Pour cela, elle propose de créer une nouvelle filiale, FIFA Forward Enterprise. Les parts de cette société sont déjà convoitées par Joshua Kushner. Le cercle est bouclé : Trump règne sur la Maison-Blanche, son entourage lorgne les actifs de la FIFA et Infantino aménage le terrain.

Donald Trump est un homme d’affaires vorace. Même devenu président des États-Unis, il ne s’est jamais départi de sa vocation première. Pour lui, la politique est d’abord une affaire de pouvoir, d’argent et de transactions. Le football ne pouvait échapper à cette logique.

Avec un Gianni Infantino soumis à ses caprices, Donald Trump a fait du Mondial 2026 l’un des tournois les plus contestés de l’histoire. Arbitre somalien empêché d’entrer aux États-Unis, sélection iranienne reléguée au Mexique, supporters modestes exclus par des prix prohibitifs, interruptions de jeu transformées en longues séquences publicitaires : la Coupe du monde a été traitée comme un immense marché captif.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans la complicité et le silence du président de la FIFA. L’interdiction d’entrée sur le territoire américain imposée à l’arbitre somalien aurait dû provoquer sa réaction immédiate. Au lieu de défendre l’un de ses arbitres et l’indépendance de son institution, Infantino a choisi le mutisme.

Il a également cautionné les difficultés imposées à la sélection iranienne, contrainte d’installer son camp au Mexique alors qu’elle devait disputer ses rencontres sur le sol américain. Ces déplacements éprouvants ont placé l’équipe dans une situation inéquitable. L’éthique sportive et l’égalité entre les participants ? Gianni Infantino n’en a cure dès lors que les intérêts de Donald Trump sont en jeu.

À force de servir Trump, Infantino se condamne

Ce que Donald Trump veut, Gianni Infantino le peut. Quitte à fouler aux pieds l’éthique, les usages et les règlements. À la demande du président américain, il a ainsi laissé suspendre l’exécution de la sanction infligée au joueur américain Folarin Balogun après son carton rouge. Un précédent scandaleux, qui a donné l’impression qu’un président pouvait intervenir directement dans une décision disciplinaire de la FIFA.

Depuis qu’il s’est rapproché de Donald Trump, Gianni Infantino a appris à ne plus rougir. Ne lui a-t-il pas remis le « prix de la paix de la FIFA », une distinction fabriquée sur mesure, alors que le président américain préparait déjà ses plans de guerre contre l’Iran ? La flatterie avait alors atteint un niveau rarement observé dans l’histoire du sport mondial.

Infantino ne dirige plus seulement la FIFA. Il la met au service de sa proximité avec le pouvoir américain et des intérêts financiers qui gravitent autour de lui. L’ouverture du capital des compétitions n’est que l’aboutissement logique de cette dérive : après avoir livré l’image de la FIFA à Trump, il veut désormais en livrer les revenus à ses proches.

En multipliant les écarts dans un intervalle de temps aussi court, Gianni Infantino court inéluctablement à sa perte. Avec une UEFA désormais en guerre ouverte contre lui, c’est sa carrière qui est menacée.

Les fédérations les plus vulnérables, qu’il a apprivoisées à coups de subventions, pourront toujours lui renouveler leur fidélité. Elles ne lui seront d’aucun secours face à une fronde européenne capable de vider les compétitions de la FIFA de leurs principales sélections. Infantino croyait pouvoir vendre le football mondial. Il pourrait finir par se vendre lui-même.