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Alger-Paris ou les retrouvailles dictées par l’Urgence


Le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a effectué une courte visite en Algérie le mercredi 13 avril 2022. Ce déplacement, opéré entre les deux tours de l’élection présidentielle française, ce qui est pour le moins inhabituel, a tout l’air d’être dicté par quelques urgences. 

Mais alors qu’est ce qui a pu décider cette visite qui aurait pu attendre que la France élise son futur président ? Il va sans dire que ce ne peut être la préparation de la prochaine réunion du Conseil intergouvernementale de haut niveau (CIHN) qui a inspiré une telle diligence diplomatique, même si le conclave en question n’est pas dénué d’importance.

Les raisons de cette mission de Le Drian à Alger sont à chercher ailleurs. Elles découleraient de la préoccupation française au sujet de la guerre en Ukraine et de ses incidences sur les approvisionnements en produits énergétiques. Le chef de la diplomatie française a souligné avoir abordé ces questions avec le chef de l’Etat Algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui l’a reçu en audience mercredi.

Acteur de premier plan dans le conflit qui oppose l’Union européenne à la Russie, après la guerre engagée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, la France est intéressée de savoir ce qu’il en a été véritablement de la médiation, en mars 2022, de la Ligue arabe dans la crise russo-ukrainienne, une médiation à laquelle la diplomatie algérienne avait pris part. Et d’une manière très active.

Autant que cette crise au cœur de l’Europe elle-même, ses retombées au plan économique préoccupent beaucoup de pays du vieux continent, notamment ceux qui s’approvisionnent en gaz russe, et la France en fait partie, même si elle n’y est pas totalement dépendante.

La réduction des approvisionnements en gaz russe, a poussé nombre de pays européens, notamment ceux de la rive nord de la méditerranée, à prospecter les possibilités d’approvisionnement du côté de la rive sud, en Algérie qui est relié à l’Europe par deux gazoducs, le Transmed vers l’Italie et le Medgaz vers  l’Espagne, le GME qui passait par le Maroc étant fermé. L’Italie y a déjà fait son marché  tout récemment avec la signature d’un accord entre Sonatrach et ENI portant sur un volume de 9 milliards de mètres cubes de livraison supplémentaire de gaz par an.

L’accord en question a été facilité par la bonne entente politique entre l’Algérie et l’Italie, un aspect qui, bien évidemment, n’échappe pas aux français. Aussi entreprennent-ils de travailler vite au réchauffement de leurs relations avec les algériens. « Nous poursuivrons le travail que nous avons déjà entamé pour relancer nos relations bilatérales qui sont importantes pour les deux pays », a souligné Le Drian, au sortir de son audience de chez Tebboune. 

Les relations entre les deux pays sont plus au moins revenues à la normale. Evoquant les discussions avec Tebboune, Le Drian a souligné qu’elles sont empreintes de « confiance » et « dans un esprit de solidarité ».

Il faut dire que ces relations ont bien besoin d’être réchauffées après les vagues de froid qu’elles ont connues. La dernière en date est celle provoquée par la déclaration du président français sortant, Emmanuel Macron, sur la « rente mémorielle ». Un propos auquel les autorités algériennes ont vivement réagi, rappelant sans plus attendre l’ambassadeur d’Algérie à Paris.