Chargement ...

Des intellectuels de renom appellent à la libération d’El Kadi Ihsane


Dans une tribune parue dans l’édition du 30 mai 2023 du journal français « Le Monde », un collectif d’intellectuels de renommée mondiale, dont Noam Chomsky, linguiste (Etats-Unis), Annie Ernaux, prix Nobel de littérature (France), Arundhaty Roy, romancière (Inde), Etienne Balibar, philosophe (France), Ken Loach, cinéaste (Royaume uni), Youssef Seddik, philosophe (Tunisie), Abdelatif Laabi, poète (Maroc), Elias Khoury, romancier (Liban), a appelé à la libration du journaliste Ihsane El Kadi et de tous les détenus politique.

Les signataires de la tribune en question, qui ont dénoncé « une instruction bâclée, entachée de violation de la procédure pénale et des droits de la défense », ont rappelé que « Ihsane El Kadi est accusé d’avoir trahi son pays, mais, vu des horizons éloignés d’où nous regardons et nous intéressons à l’Algérie, il nous semble qu’il a, au contraire, chevillé l’amour de cette terre à son travail de journaliste indépendant ».

Fort de cette conviction que le journaliste paie le prix de son indépendance professionnelle, le collectif d’intellectuel qui s’est ainsi solidarisé avec Ihsane El Kadi a interpellé le chef de l’Etat algérien pour faire ce qui en son pouvoir pour mettre un terme à l’acharnement judiciaire et sécuritaire contre les prisonniers d’opinion. « Le journaliste Ihsane El Kadi est en prison parce qu’il refuse de se soumettre aux pressions de ceux qui gouvernent le pays et voudraient faire de lui un journaliste de contrefaçon ».

« C’est pourquoi nous nous permettons, monsieur le président Abdelmadjid Tebboune, d’écrire aujourd’hui pour vous demander de faire tout ce qui en votre pouvoir afin que cesse l’acharnement sécuritaire et judiciaire que subissent Ihsane El Kadi et tous les prisonniers d’opinion en Algérie », écrit le collectif, ajoutant qu’il « est en votre pouvoir de libérer Ihsane El Kadi ainsi que tous les journalistes emprisonnés et tous les détenus d’opinion. Usez de ce pouvoir par fidélité au combat des algériens pour la justice et la liberté ».

L’Algérie, une idée…

Le collectif d’intellectuels auteurs de la tribune insérée dans « Le Monde » a en outre affirmé que « quels que soient les désaccords et les antagonismes, l’Algérie est un idéal plus vaste que le cachot qu’elle est entrain de devenir pour les journalistes critiques et les voix discordantes. Elle est la terre retrouvée des damnés de la terre ».

« Plus qu’un pays, l’Algérie est une idée. Une idée entêtée de libération. Soixante ans après l’indépendance du pays, cette idée continue à irradier l’espoir dans le cœur de ceux qui se battent encore contre l’oppression. Elle est la preuve que la victoire sur l’injustice est possible, y compris lorsque le face-à-face parait désespéré et démesurément disproportionné », ont encore souligné les intellectuels solidaires avec Ihsane El Kadi et les détenus d’opinion en Algérie, notant que « aujourd’hui, ce grand pays se referme comme un piège sur les opposants politiques et les citoyens qui osent rêver d’un véritable Etat de droit ».

Les signataires de la tribune n’ont pas manqué de rappeler dans quelles circonstances est intervenue l’arrestation d’El Kadi Ihsane. « Directeur de la Webradio Radio M et du journal d’information Maghreb Emergent, Ihsane El Kadi a été arrêté au cœur de la nuit le 24 décembre 2022 par six officiers militaires », ont-ils souligné.

Et de poursuivre : « Le lendemain, il a été emmené par les services de sécurité pour assister à la perquisition et à la fermeture des médias qu’il a crées. Ses collègues et ses amis assistèrent, en larmes, au spectacle du journaliste menotté, mené comme un criminel sur les lieux de son  »crime » : une radio et un site d’information indépendants ».

Le journaliste Ihsane El Kadi a été condamné le 2 avril 2023 à une peine de 5 ans de prison, dont 3 fermes, assortie d’une amende de 70 millions de centimes. Le tribunal de première instance a également prononcé la dissolution de société Interface Médias qui a en outre été condamnée à payer une amende de 1 milliards de centimes et 100 autres millions de centimes de dommages à l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) qui s’est portée parie civile dans l’affaire.

Le procès en appel d’Ihsane El Kadi est programmé pour le 4 juin 2023 au niveau de la Cour d’Alger. Le procès était prévu une première fois pour le 21 mai 2023 mais, il a été reporté à la demande du collectif de la défense dont la demande de remise en liberté  provisoire de son client, introduite en audience, a été rejetée.