Les Algériens ne sont pas réconciliés avec les urnes. Lors des élections législatives du jeudi 2 juillet 2026, l’abstention électorale a été massive, record même. Près de 80 % des électeurs n’ont pas voté. Une désaffection électorale à lire comme l’expression d’une rupture politique entre le citoyen, le gouvernement et les partis, toutes obédiences confondues.
À la clôture des bureaux de vote, jeudi à 20 h, le taux de participation au niveau national s’est établi à 20,79 %, selon l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). À l’étranger, la participation au scrutin législatif a été beaucoup plus faible. Le taux comptabilisé par l’ANIE a atteint la maigre proportion de 10,67 %.
L’abstention électorale est plus importante que celle enregistrée lors des élections législatives de 2021. Le taux de participation officiel annoncé à l’époque avait été de 23 %. Cinq années auparavant, en 2017, soit deux ans avant l’avènement du Hirak, le taux de participation aux élections législatives avait été de 35,37 %.
Il est aisé de relever que, depuis le soulèvement populaire de février 2019 et l’avènement du nouveau régime politique, la participation aux élections législatives est allée decrescendo. Le taux de participation était de 23 % en 2021. Il est descendu à 20,79 % en 2026.
Le taux provisoire annoncé par l’ANIE paraît logique au vu de l’évolution de la participation durant la journée. À 10 h, il était de 3,05 %. À 15 h, il avait grimpé à 11,24 % au niveau national, contre 9,46 % à l’étranger.
Le défi de la mobilisation manqué
La forte abstention électorale ainsi enregistrée lors du scrutin législatif du 2 juillet 2026 est l’expression du rejet du processus électoral et des mécanismes régissant son déroulement. Les restrictions à l’expression politique, partisane ou indépendante, ont incontestablement agi comme des facteurs de démobilisation.
L’indigence du discours politique produit avant et pendant la campagne électorale par les partis politiques et les candidats figurant sur les listes indépendantes a fini par décrédibiliser totalement le processus électoral. Quand les participants à la compétition électorale dénoncent eux-mêmes un processus biaisé, il ne faut pas s’attendre à une mobilisation des électeurs.
Un processus électoral véritablement biaisé, dès lors que l’administration, représentée par l’ANIE, s’est arrogé, à travers la loi électorale, notamment le fameux article 200, le droit d’opérer un filtrage politique des candidatures. Ce filtre altère considérablement le sens de la représentation populaire, tant il est vrai que la censure administrative intervient avant la sanction des urnes.
Le filtre de l’administration a pour objectif de bloquer l’accès à l’institution législative aux voix politiques récalcitrantes, partisanes ou autres. Et cela dans le but d’avoir une Assemblée populaire nationale (APN) sans aspérités politiques, qui n’exercerait donc pas un véritable contrôle sur les politiques et les actions du gouvernement.
Autrement dit, une chambre d’enregistrement dans laquelle les oppositions seraient grandement diluées et les voix de l’opposition inaudibles.