Chargement ...

Alger s’éloigne-t-elle de Paris en se rapprochant de Moscou ?


C’est indéniable, Alger et Moscou filent la parfaite entente. En témoignent la visite en cours en Russie du président algérien Abdelmadjid Tebboune, les soins protocolaires dont elle est entourée et les voies de coopération qui ont été dégagées à l’occasion.

Les deux présidents, algérien, Abdelmadjid Tebboune, et russe, Vladimir Poutine, ont signé, le jeudi 15 juin, une déclaration de partenariat stratégique approfondi, laquelle devra poser les jalons d’une coopération à long terme et dans des domaines variés, y compris militaire.

Mis en quarantaine (politique, diplomatique et économique) par les pays occidentaux qui lui reprochent la guerre qu’il mène à l’Ukraine depuis plusieurs mois, Vladimir Poutine consent de l’effort à entretenir ses amitiés en Afrique, Asie et Amérique latine.

C’est ainsi que la Russie veut faire de l’Algérie, un pays ami, de longue date, un partenaire stratégique dans la nouvelle géopolitique que le Kremlin veut asseoir, une géopolitique en rupture avec celle à laquelle travaillent l’occident.

Et Poutine n’a pas lésiné à faire les choses en grand pour consolider davantage les liens déjà solides entre son pays et l’Algérie. La baptisation d’une placette de Moscou du nom de l’Émir Abdelkader a de quoi flatter l’égo politique algérien.

En retour, le président algérien a décoré un colonel russe ami de l’Algérie, comme jadis le Tsar Nicolas II avait décoré l’Émir Abdelkader de « l’Ordre de l’Aigle Blanc ». Il faut dire que les Russes ont prêté main-forte à l’Algérie durant sa guerre de libération et après son indépendance.

Le président Tebboune a affirmé que l’Algérie avait insisté pour rendre hommage au dernier soldat encore en vie de la légion russe qui a travaillé en Algérie au lendemain de l’indépendance pour l’élimination des mines implantées par l’occupant français aux frontières algériennes et qui ont fait beaucoup de victimes parmi les soldats russes.

Ce volet de la coopération militaire pourrait être renforcé à l’avenir, puisque le chef de l’État algérien a évoqué « la possibilité de signer, à l’avenir, des conventions en vertu desquelles il sera recouru à des experts russes pour décontaminer les zones où l’occupant français avait réalisé ses essais nucléaires durant la période coloniale ».

Cette perspective ne va pas plaire aux Français qui n’acquissent toujours pas, 61 ans après l’indépendance de l’Algérie, à décontaminer les sites nucléaires où ils avaient effectués des essais. Des Algériens continuent d’être affectés par la radioactivité qui s’en dégagent.

A l’évidence, Alger n’a plus cure de ce que l’on pense à Paris qui ne devrait pas aimer ce rapprochement notable avec Moscou. D’ailleurs, bien avant la visite de Tebboune en Russie, la relation entre l’Algérie et la France était de nouveau entrée dans la grisaille. Le déplacement de Tebboune en France, prévu pour la seconde moitié de juin, en est même compromis, du moins reporté à une date qui reste à définir.

Le malaise qui a déteint de nouveau sur la relation algéro-française est traduit dans les faits par a levée de boucliers en France contre les accords de 1968. Une campagne orchestrée par l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driancourt, et relayée par d’autres personnalités politiques. De ce côté-ci de la Méditerranée, c’est la DGSE qui a été en ligne de mire, accusée qu’elle a été de comploter, à Tel Aviv, avec les services israéliens et marocains pour déstabiliser l’Algérie.

Ces « inamicalités » échangées par personnes et médias interposés ont, à l’évidence, gênée la relation connue pour être bonne entre les présidents Tebboune et Macron. Une relation qui pourrait être davantage perturbée par le partenariat stratégique approfondi auquel prétendent Alger et Moscou, deux capitales qui déjà coopèrent dans le cadre de l’Opep+ et le forum des pays exportateurs de gaz et, à l’avenir, au sein des BRICS que l’Algérie, soutenue par la Russie, souhaite intégrer.