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Droits humains : Amnesty International épingle les autorités algériennes


L’ONG Amnesty International (AI) appelle le gouvernement algérien à mettre un terme à «son offensive soutenue contre la liberté d’expression et le militantisme pacifique».

Dans une déclaration rendue publique le 20 septembre 2023, AI a indiqué que cet appel intervient l’occasion du lancement de sa nouvelle campagne destinée à mettre en lumière les répercussions de la «répression qui s’abat sur les voix dissidentes courageuses».

L’ONG a ainsi rappelé que des dizaines de militants, de journalistes et de défenseurs des droits humains se trouvent actuellement derrière les barreaux et leur nombre ne cesse de croître.

AI a, dans sa déclaration, estimé que le gouvernement «continue de procéder à des arrestations» et d’ «inculper des personnes qui ne font qu’exercer leurs droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association».

Ceci, tout en faisant remarquer que le «bilan déplorable» de l’Algérie en termes de droits humains fait l’objet d’un examen international rare, dans le cadre de la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit de réunion pacifique et la liberté d’association dans le pays.

Le rapporteur Spécial des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, Clément Nyaletsossi Voule, effectue depuis le 16 septembre une visite officielle en Algérie du 16 qui doit s’achever le 26 septembre prochain.

Au terme de cette visite, il présentera ses observations préliminaires à l’occasion d’une conférence de presse prévue le 26 septembre  à  à la Maison des Nations Unies, au 41 Rue Mohammed Khoudi, à El Biar (Alger).

Selon Heba Morayef, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à AI, «nul n’est à l’abri des griffes de la répression,  aujourd’hui en Algérie, s’il ose exposer des critiques et s’exprimer avec courage». «Toute personne considérée comme une menace, depuis les étudiants jusqu’aux personnes âgées, se retrouve en butte à des mesures de harcèlement et d’intimidation ou à une arrestation arbitraire, uniquement pour avoir exercé ses droits fondamentaux», a-t-elle déclaré.  

Elle a, en outre, appelé le  gouvernement à «cesser sa répression» et à «libérer» toutes les personnes arrêtées pour avoir exprimé pacifiquement leur opinion ou critiqué le pouvoir, notamment les journalistes et professionnels des médias déclarés coupables d’infractions au libellé vague et général, telles que «diffusion de fausses informations» ou «outrage à l’égard de fonctionnaires».

AI a aussi estimé nécessaire de garantir la libre circulation du rapporteur de l’ONU, avec lequel les autorités «doivent entamer un dialogue constructif», en veillant à ce qu’il puisse avoir des contacts confidentiels et non surveillés avec tous ceux qu’il souhaite rencontrer.

L’ONG de défense des droits de l’homme a par ailleurs constaté que, ces deux dernières années, les autorités algériennes ont poursuivi, arrêté et placé en détention au moins 12 journalistes et professionnels des médias.

«Depuis le début de l’année 2023, elles ont poursuivi cinq journalistes, fermé au moins deux sociétés de presse et suspendu un média pendant 20 jours», a précisé AI, évoquant  la condamnation du  algérien Mustapha Bendjama et le chercheur algéro-canadien Raouf Farrah à une peine de deux ans de prison et à une amende de 200 000 dinars algériens chacun (1 360 euros environ).

Tous deux ont été condamnés sur la base d’ «accusations infondées», selon AI, à savoir «publication d’informations classées secrètes» et réception de fonds étrangers dans l’intention de porter atteinte à l’ordre public.

Le cas du journaliste Ihsane El Kadi a notamment été mis en avant par AI. «En juin 2023, la cour d’appel d’Alger a alourdi la peine de cinq ans de prison qui avait été infligée en première instance au journaliste Ihsane El Kadi et l’a condamné à sept ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis. Il est incarcéré à la prison d’El Harrache à Alger depuis décembre 2022, pour des accusations liées à son travail de journaliste», a souligné l’ONG, tout en dénonçant les atteintes aux droits de réunion en invoquant des lois «délétères» pour restreindre le droit de réunion pacifique, notamment l’article 15 de la Loi n° 90-91 relative aux manifestations et réunions publiques.

S’agissant du cas de l’activiste Mohamed Tadjadit, AI a fait savoir qu’il  a été arrêté au moins quatre fois pour avoir participé à des manifestations pacifiques et exercé son droit à la liberté d’expression. «Mohamed Tadjadit a déclaré à Amnesty International que les autorités pénitentiaires lui ont infligé des mauvais traitements au cours de ses multiples arrestations. En outre, elles ont réagi avec force coups de pied, gifles et passages à tabac lorsqu’il a entamé une grève de la faim avec deux codétenus en février 2022 pour réclamer leur libération ou l’ouverture de leur procès», lit-on dans la déclaration d’AI qui a mis en doute les «des accusations infondées» de terrorisme contre Mohad Gasmi, Slimane Bouhafs et Mohamed Benhlima.

La déclaration a évoqué les pressions exercées sur des associations et partis politiques, tels que Rassemblement actions jeunesse (RAJ), contraint à la dissolution, et le Mouvement Démocrate et Social (MDS), un parti politique qui a dû suspendre ses activités.

«La visite du rapporteur spécial est l’occasion pour les autorités algériennes de dialoguer avec l’ONU et de changer de cap en vue de renforcer la protection des droits humains dans le pays», a déclaré Heba Morayef.