Entamée officiellement le jeudi 15 août, la campagne électorale pour l’élection présidentielle anticipée du 7 septembre 2024 bouclera demain, le jeudi 22 août, sa première semaine. Animée par le candidat du FFS, Youcef Aouchiche, celui du MSP, Abdelaali Hassani et les partisans du candidat « indépendant », le président de la République sortant, Abdelmadjid Tebboune, qui n’est sorti qu’une seule fois, à Constantine le dimanche 18 août, est marquée, jusqu’ici, par l’indigence des discours.
Lisse et sans aspérités, telle a été la campagne électorale après une semaine. Rien de ce qui pourrait susciter débat n’a été enregistré. Tout s’est passé comme s’il s’est agi, pour les candidats et leurs représentants, d’une astreinte à accomplir une formalité. Étonnement, point d’échanges d’amabilités ni critiques entre les trois rivaux. C’est à croire que les joutes oratoires en cours ne concernent pas une compétition pour la plus haute fonction de l’État, la magistrature suprême.
Ni le candidat du FFS, Youcef Aouchiche, ni le candidat du MSP et Abdelaali Hassani, ne se sont risqués, après une semaine de pérégrinations électorales, à émettre la moindre critique à l’encontre du candidat Abdelmadjid Tebboune. Qui, en tant que président sortant, est comptable du bilan de son premier mandat. Et c’est pour le moins bizarre qu’ils se gardent d’évoquer le bilan du candidat Tebboune et également incompréhensible qu’ils ne portent pas l’estocade politique entre eux.
Devant les auditoires qu’ils ont pu s’offrir pendant ces chaleurs d’été – il faut dire que la mobilisation des citoyens n’a pas été au rendez-vous -, les candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants ont débité les promesses qu’ils ont estimées judicieux de faire, lesquelles promesses sont souvent les mêmes pour chacun d’entre eux. Tous promettent un essor économique pour le pays, un bien-être social et un meilleur destin politique pour l’Algérien. La question de savoir comment ils y parviendraient s’ils sont élus est évacuée du fait, même, qu’il n’y pas de confrontation entre les programmes des candidats.
La campagne électorale s’est déroulée, durant sa première semaine, comme si les questions de l’idéologie, des droits de l’homme, de la justice, de l’éthique en économie ne se posent pas. Aucun des trois candidats ou leurs représentants n’a été audible sur la question des détenus d’opinions qui croupissent toujours par centaines dans les prisons, encore moins sur la systématisation du mandat de dépôt qui devrait être une exception dans la procédure pénale et non une règle. Ils n’ont été également audibles sur la question de la liberté d’expression et sur les libertés politiques telles que le droit à la manifestation publique pacifique qui reste interdite depuis juin 2021.
S’il peut se comprendre que le candidat Tebboune et ses représentants dans cette campagne électorale n’évoquent pas ces questions, tant qu’il est président de la République sortant postulant pour un second mandat, il en est tout autrement des candidats Youcef Aouchiche et Hassani Abdelaali qui se réclament de l’opposition.
Ces deux derniers sont allés même jusqu’à faire leurs éléments de langage du pouvoir en place en dissertant sur « les ennemis extérieurs » ou encore « le front intérieur ». Leur silence sur l’interdiction à des militants partisans et des citoyens, mardi 20 août, d’accéder au site où s’est tenu le congrès de la Soummam renseigne bien sur le peu de cas qu’ils font de la défense des libertés.
Tebboune, un investissement personnel à minima
Le candidat Abdelmadjid Tebboune, qui se présente pour un second mandat d’affilée, en tant qu’indépendant, a animé, en une semaine, un seul meeting de campagne. C’était à Constantine le dimanche 18 août dernier. Il a discouru devant une salle que les organisateurs de la manifestation avaient peine à remplir, retardant le meeting de près de 3 heures. Son propos sur Ghaza, qui s’est voulu une harangue à l’assistance présente dans la salle et, au-delà, à l’ensemble de ses potentiels électeurs, a prêté à équivoque. Du coup, il a été mal compris, voire intentionnellement manipulé, comme l’a fait l’ancien président du MSP, Abderrazak Makri.
Abdelmadjid Tebboune, qui aurait prévu d’animer au plus 5 meetings électoraux, au niveau des grandes métropoles, devait se rendre à Illizi (ou Djanet) le jeudi 22 août. Le déplacement a été ajourné au dimanche 25 août. Les raisons de cet ajournement n’ont pas été dévoilées, mais il semble qu’elles sont liées à un retard dans l’organisation de l’événement.
Il faut dire que la coordination n’est pas le fort de la direction de campagne de Tebboune, confiée, faut-il le rappeler, au ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Brahim Merad, mis en congé spécial le temps de la campagne électorale.
Chacun des chefs de partis qui mènent campagne pour le candidat Tebboune – ils sont plus d’une dizaine et de différentes obédiences – est allé, une semaine durant, de sa propre sérénade électorale, peu soucieux de la cohérence de son discours avec les laïus du reste de la caravane électorale. Du lot, sort évidemment Abdelkader Bengrina, le président du Mouvement El Bina, qui régale les internautes par ses sorties ubuesques, comme lors de cette sortie où il érige, sans rougir, la « chitta » (l’obséquiosité, ndlr) en vertu cardinale dans l’Islam.
C’est dire que la campagne du candidat Tebboune, qui associe plusieurs animateurs de bords distincts, va dans tous les sens. Elle a également connu des couacs. En témoigne le limogeage de Hamza Al Sid Cheikh, sénateur de son état, de ses fonctions d’animateurs de la campagne électorale au niveau national. La direction de campagne de Tebboune l’accuse de « faute grave commise par ce dernier consistant en l’utilisation de son mandat en dehors du cadre qui lui a été spécifiquement assigné ». Qu’a-t-il commis au juste ? L’équipe à Brahim Merad s’est gardée de le révéler.