Dans les prochains jours, une délégation de la Commission européenne se rendrait en Algérie pour mener des discussions politiques à haut niveau, alors qu’une tension commerciale autour du blé tendre français monte entre Paris et Alger.
Selon Africa Intelligence, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) aurait pris récemment une mesure jugée « discriminatoire » par Paris : à deux reprises en octobre, des appels d’offres avaient exclu le blé d’origine française, une décision qui interpelle Bruxelles au point d’envoyer une délégation à Alger.
Le nouvel ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, a annoncé cette visite prévue pour la mi-novembre. L’UE se poserait, selon Africa Intelligence, en médiatrice pour défendre les intérêts des exportateurs français, représentés par l’Organisation professionnelle Intercéréales.
La controverse remonte à début octobre, lorsque l’OAIC, qui se charge de l’importation du blé, ayant émis un premier appel d’offres pour la livraison de 500 000 tonnes de blé tendre puis un second appel le 31 octobre pour la livraison de 600 000 tonnes, accompagnés de présumées restrictions visant spécifiquement les fournisseurs français.
Selon les révélations de Africa Intelligence, des négociants internationaux, parmi lesquels des acteurs majeurs tels que l’américain Cargill, le néerlandais Viterra et le suisse Solaris, auraient reçu des instructions informelles de leurs contacts à l’OAIC de ne pas soumissionner avec du blé d’origine française.
Des appels téléphoniques auraient permis de transmettre ces directives de manière verbale, sans aucune preuve écrite, renforçant les spéculations sur une potentielle sanction ciblée.
Les sociétés françaises de négoce, à l’instar de Soufflet (groupe InVivo), Lecureur et Cam Négoce, elles, avaient été explicitement exclues de l’appel d’offres.
La France, fournisseur historique de l’Algérie en blé, voit cette mesure comme un coup dur. Selon Africa Intelligence, cette exclusion pourrait être la conséquence de l’alignement récent de la France avec le Maroc sur le dossier du Sahara occidental.
Face à la polémique, l’OAIC a publié récemment un communiqué niant toute exclusion ciblée de fournisseurs français, affirmant que « tous les fournisseurs de céréales figurant sur (leur) short liste sont considérés comme des partenaires stratégiques ».
Le texte précise que les consultations récentes ont été régies par des « critères techniques spécifiques », liés à des « besoins industriels particuliers ». Le document ajoute que d’autres consultations seront lancées, invitant les fournisseurs répondant aux critères à participer.
Cela n’a visiblement pas atténué les inquiétudes des exportateurs français, ni dissipé les soupçons de discrimination.
L’Algérie, qui est l’un des plus grands importateurs de blé au monde, a consommé entre 7 et 8 millions de tonnes de blé tendre pour la saison 2023-2024. Durant cette même période, les importations européennes ont chuté de 44 % par rapport à l’année précédente, tandis que les exportations de la Russie, désormais premier fournisseur, ont représenté près de 2,5 millions de tonnes.
Ce bras de fer autour du blé s’inscrit dans un contexte de tension plus large entre la France et l’Algérie, qui entretiennent une relation ponctuée de divergences ces dernières années.