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Campagne contre l’Algérie : Emmanuel Macron laisse-t-il faire Bruno Retailleau ?


Les déclarations du président français Emmanuel Macron, faites vendredi dernier depuis Porto, ne seraient-elles pas tombées dans l’oreille de son ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui maintient déterrée la hache de guerre, proférant quasiment chaque jour une menace de sanctions contre l’Algérie ? L’entrechoquement entre le ton plutôt conciliant du chef de l’État et la diatribe enflammée du premier flic de France pose question.

Le vendredi 28 février, depuis la ville de Porto, le chef de l’État français a pris la parole pour, sinon recommander, du moins suggérer à son gouvernement d’adopter des attitudes moins radicales dans la gestion de la crise profonde avec l’Algérie, allant même jusqu’à récuser l’affirmation du Premier ministre François Bayrou qui, deux jours auparavant, avait lancé un ultimatum à l’Algérie et menacé de rompre unilatéralement les accords bilatéraux entre les deux pays.

Si Emmanuel Macron a déclaré que la France ne remettrait pas en cause de manière unilatérale l’accord de 1968, et fort possiblement d’autres accords bilatéraux – ce qui rend caduque la menace de Bayrou, même si Retailleau continue de la ressasser –, il n’a en revanche pas émis de rappel à l’ordre concernant les autres sanctions contre l’Algérie brandies par son gouvernement.

Retailleau défie la diplomatie présidentielle

Le ministre de l’Intérieur français est d’ailleurs revenu à la charge ce lundi sur BFMTV. Bruno Retailleau a en effet affirmé qu’il maintenait « la ligne de fermeté envers Alger », sans crainte de se faire taper sur les doigts par Emmanuel Macron qui, lui, ne semble pas perdre espoir de reprendre le dialogue avec son homologue algérien, y compris pour poursuivre les négociations sur la révision de l’accord de 1994. C’est à se demander si le chef de l’État français ne laisse pas faire son ministre de l’Intérieur.

Le ministre de l’Intérieur français a dit vouloir présenter « aux Algériens une liste de plusieurs centaines de personnes, dont il est établi qu’ils sont Algériens, et qu’ils sont dangereux… ce sera l’épreuve de vérité », sans quoi « on ne s’interdit rien ». Ira-t-il au bout de sa démarche ? À l’évidence, il a tous les feux verts pour le faire, y compris celui de Macron. Du moins, en cela, Retailleau agit-il comme s’il poursuivait la mise en application d’une feuille de route approuvée par l’Élysée.

L’autre levier que le ministre français de l’Intérieur veut actionner pour faire pression sur l’Algérie est la sanction contre la compagnie Air Algérie et ses employés, notamment ses commandants de bord, sur la question « du respect, a-t-il dit, des formalités administratives ». « Il y a sur la table les moyens d’une réponse graduée », a-t-il menacé encore.

Retailleau, relais assumé de l’extrême droite

Pour Retailleau, « l’hostilité vient de l’Algérie ». « Les entreprises françaises sont blacklistées de la commande publique algérienne, l’enseignement du français au primaire a été remplacé par l’anglais, un refrain antifrançais a été rétabli dans l’hymne national et la coopération sécuritaire est quasiment arrêtée. » Chez Retailleau, on le voit, la haine de l’Algérie n’est pas née en juillet 2024, avec l’éclatement de la crise entre les deux pays.

Les arguties qu’il met en avant pour tenter de justifier sa campagne anti-algérienne, Bruno Retailleau les puise chez l’extrême droite qui, en ce moment, doit trouver en lui un allié utile, puisqu’elle est parvenue, grâce à lui, à instiller ses idées néocolonialistes au sein du gouvernement. Emmanuel Macron, fragilisé politiquement en interne après deux débâcles électorales – les élections européennes et les législatives en France –, voit l’extrême droite phagocyter tout ce qu’elle peut.