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RSF : l’Algérie recule de 19 places dans un Maghreb où la presse s’enfonce


L’Algérie chute à la 145e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, perdant 19 rangs en un an. Ce recul, l’un des plus marqués en Afrique du Nord, installe le pays dans une zone de forte inquiétude, au moment où la région Maghreb Moyen-Orient est désormais la plus dégradée au monde pour l’exercice du journalisme.

Selon RSF, 18 des 19 pays de la zone MENA se trouvent désormais dans une situation jugée « très grave » ou « difficile ». La dégradation n’est plus seulement liée aux guerres ouvertes ou aux contextes d’urgence. Elle tient aussi à l’usage des lois, des poursuites judiciaires, de la censure et de l’argument sécuritaire pour réduire l’espace de la presse indépendante.

C’est dans ce paysage assombri que s’inscrit la chute algérienne. RSF évoque, pour l’Algérie, un climat marqué par les détentions, la censure et le harcèlement en ligne visant les médias indépendants. Le recul de 19 places n’a rien d’un accident statistique. Il traduit un durcissement structurel : en Algérie, la presse critique évolue dans un environnement où les pressions judiciaires, économiques et numériques réduisent peu à peu sa capacité d’enquêter, de contredire le récit officiel et de publier librement.

Dans la région MENA, les lois deviennent des instruments de pression

L’Afrique du Nord illustre cette dynamique régionale. En Tunisie, classée 137e après un recul de 8 places, l’instrumentalisation de la justice et les pressions politiques resserrent l’étau autour des voix critiques. En Libye, 138e, les journalistes demeurent pris dans la fragmentation du pays, souvent contraints de composer avec les forces en présence et une législation renforcée sur la cybercriminalité. Le Maroc progresse à la 105e place, avec un gain de 15 rangs lié à l’absence de nouvelle incarcération de journaliste, mais RSF souligne que les pressions judiciaires et financières y persistent.

Dans le reste de la zone, le classement reflète la centralité croissante du cadre légal. La Syrie progresse fortement, à la 141e place, un an après la chute de Bachar al-Assad, même si la situation demeure « très grave ». Le Qatar conserve la première place régionale, au 75e rang, tandis que le Liban progresse malgré la guerre et les pressions sur les journalistes.

À l’inverse, Israël recule, RSF dénonçant le durcissement des législations antiterroristes, l’incarcération de journalistes palestiniens et étrangers, ainsi que les attaques contre les reporters à Ghaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et au Liban. Dans le Golfe, l’Arabie saoudite et Bahreïn enregistrent aussi de forts reculs.

Un signal politique pour l’espace public algérien

Pour l’Algérie, le signal est politique autant que médiatique. La perte de 19 places confirme l’affaiblissement d’un espace public déjà précaire. Dans une région où les conflits armés tuent les journalistes et où les lois les musèlent, la trajectoire algérienne montre qu’un pays peut s’enfoncer sans guerre ouverte, par l’accumulation de contraintes, de silences imposés et de risques permanents pesant sur ceux qui informent.