Hocine Zahouane, acteur de la lutte pour l’indépendance et infatigable défenseur des droits humains, s’est éteint, laissant derrière lui l’empreinte d’un engagement sans compromis. Né le 13 août 1935 à Mirabeau (Draa Ben-Khedda), il n’aura eu de cesse de militer pour la justice sociale et la liberté, que ce soit sur le terrain de la guerre de libération nationale ou sur celui du combat démocratique.
Dès sa jeunesse, Hocine Zahouane rejoint les rangs du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et du Parti du peuple algérien (PPA). Jeune lycéen, il est le témoin privilégié du déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954. Son engagement lui vaut une arrestation et l’expérience des geôles coloniales. Il y anime une grève de la faim des détenus politiques, première démonstration de son intransigence face à l’injustice.
Libéré, il rejoint le maquis de la wilaya 3 en Kabylie, où il est nommé commissaire politique. Il devient un acteur important du réseau d’information, rapportant à Krim Belkacem les ravages de la « bleuite ». Dans un contexte marqué par une méfiance généralisée, il tente d’endiguer la spirale des purges et des exécutions sommaires qui frappent les rangs des maquisards, notamment dans les wilayas 3 et 4.
En 1960, il est envoyé par le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à Tunis pour rendre compte de la situation du maquis kabyle. Ce déplacement, au moment où la guerre atteint un tournant, témoigne de son rôle d’officier politique soucieux de préserver la finalité sociale et démocratique de la lutte de libération. La répression militaire et l’isolement grandissant des moudjahidine rendent sa mission d’autant plus importante.
De la révolution au combat démocratique
À l’indépendance, Hocine Zahouane ne quitte pas le terrain politique. Il joue un rôle dans la structuration de la Fédération d’Alger du FLN et défend avec ferveur l’autogestion, mise en place par les décrets de mars 1963. Il devient alors l’un des piliers de l’aile gauche du FLN, aux côtés de Mohammed Harbi. Partisan d’une autonomie de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) face au parti, il milite activement pour une organisation ouvrière indépendante.
Son engagement prend un autre tournant après le coup d’État militaire du 19 juin 1965. Refusant de se plier au régime de Houari Boumédiène, il passe à la clandestinité et cofonde, avec Mohammed Harbi et d’autres figures, l’Organisation de la résistance populaire (ORP). Porte-parole de ce mouvement, il est arrêté en 1965 et emprisonné pendant six ans dans le Sud algérien, avant d’être placé sous surveillance à Tizi Ouzou. En 1973, il parvient à s’évader et traverse clandestinement la frontière tunisienne aux côtés de Harbi.
Contraint à l’exil, il s’installe en France après un passage par l’Italie. Il ne rentrera en Algérie qu’en 1979. Devenu avocat, il met ses compétences juridiques au service des opprimés. Défenseur infatigable des détenus politiques, il prend position contre les procès iniques menés sous couvert de la sûreté de l’État. Il s’illustre en particulier dans les années 1980 lors des procès des militants des mouvements démocratiques et dans la dénonciation de la répression sanglante du 5 octobre 1988.
En 1991, il participe à la fondation de la revue NAQD, espace critique et analytique sur la société algérienne. Il poursuit ensuite son engagement au sein de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), dont il devient vice-président puis président. Hocine Zahouane n’aura cessé d’être une voix dissonante, exigeante, celle d’un homme fidèle à ses principes et à sa vision d’une Algérie libre et juste.