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Dix ans de prix en Algérie : quand l’inflation ralentit enfin


Entre 2015 et 2024, la vie quotidienne des Algériens a été profondément marquée par la hausse des prix. Selon les données publiées par l’Office national des statistiques (ONS), le niveau général des prix à la consommation a presque triplé en un peu plus de vingt ans : il a été multiplié par 2,8 depuis 2001.

De 2021 à 2023, l’inflation s’était emballée : +7,2 %, puis deux années consécutives à plus de +9 %. Une véritable pression sur le pouvoir d’achat. En 2024, l’ONS note cependant une accalmie relative : la hausse se limite à +4,1 %. C’est encore une progression notable, mais très inférieure aux années précédentes.

L’évolution des prix touche d’abord l’alimentation, cœur des dépenses des ménages. Les produits frais ont longtemps tiré l’inflation vers le haut : fruits, légumes, viande blanche, œufs. Mais en 2024, plusieurs de ces produits connaissent un retournement : les fruits chutent de près de 20 %, les œufs de 17 %, et le poulet de 9 %. À l’inverse, certaines denrées deviennent plus chères : le poisson frais bondit de 22 %, la viande ovine de 14 %.

Ce contraste montre combien le panier de la ménagère reste vulnérable aux aléas agricoles, aux saisons et aux tensions sur les marchés.

L’habillement et les chaussures poursuivent leur hausse (+6,5 %), même si le rythme est moins soutenu qu’en 2023. Le logement reste relativement stable, grâce à des loyers en progression limitée (+1,7 %) et des tarifs d’électricité, de gaz et d’eau inchangés. Dans les magasins de meubles, la tendance est différente : les prix des ustensiles de cuisine flambent de plus de 18 %.

Une inflation vécue différemment selon les ménages

La santé continue de peser : les soins médicaux augmentent de 7 %, et les appareils thérapeutiques grimpent de près de 20 %, malgré le ralentissement du coût des médicaments. Et ce, contrairement aux dépenses liées à l’éducation, la culture et les loisirs qui marquent un coup d’arrêt : après +12,7 % en 2023, elles stagnent quasiment en 2024 (+0,2 %).

Cette photographie statistique montre que l’inflation qui, après avoir frappé durement les ménages durant trois années consécutives, a ralenti sans pour autant disparaître. Les Algériens paient encore plus cher qu’hier pour la plupart des biens et services, mais le rythme de la hausse s’est adouci.

Toutefois, le ressenti de l’inflation n’est pas le même pour tous. Un ménage sensible aux prix des fruits et légumes, n’éprouve pas la hausse des prix comme une famille qui dépense une part importante de son budget en santé ou en scolarité. Autrement dit, l’inflation se vit différemment selon les modes de consommation et les priorités des ménages.

Si la tendance de 2024 venait à se confirmer, l’économie nationale pourrait entrer dans une phase de relative stabilité des prix. Mais la dépendance aux importations alimentaires, la variabilité climatique et les tensions mondiales maintiennent une forte incertitude.

En clair, le combat contre l’inflation est loin d’être gagné, mais 2024 restera comme l’année où la spirale a ralenti, redonnant un peu d’air aux ménages.