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Trump : le kidnapping comme politique étrangère


Le 3 janvier 2026, en capturant Nicolás Maduro à Caracas et en l’exfiltrant vers les États-Unis, Donald Trump n’a pas seulement renversé un régime souverain. Il a surtout franchi une ligne rouge rarement violée depuis la guerre froide : l’enlèvement militaire d’un président en exercice, reconnu par l’ONU, sous couvert d’une croisade contre le narcotrafic. À Washington, l’opération est présentée comme un succès stratégique. Ailleurs, le monde assiste, choqué, à ce western diplomatique.

Depuis des mois, l’administration Trump préparait le terrain. En requalifiant des cartels latino-américains en organisations terroristes étrangères, elle s’est offert un cadre juridique extensible à l’infini. Cette fiction légale a permis une campagne de frappes navales sans précédent, menées loin de tout champ de bataille déclaré, contre des embarcations suspectées — mais rarement prouvées — de transporter de la drogue. La guerre contre les cartels est ainsi devenue une guerre sans prisonniers, ni procès.

Le Venezuela, État failli mais souverain, a servi de décor idéal. Maduro, régulièrement diabolisé mais toujours au pouvoir, a été transformé en « narco-terroriste en chef », accusé de financer le crime mondial via le pétrole. Peu importait que les services de renseignement américains eux-mêmes contestent la solidité de ces liens, la narration politique avait pris le dessus sur l’analyse.

Un précédent qui fissure l’ordre international

L’enlèvement de Maduro parachève cette logique. Il ne s’agit ni d’une extradition, ni d’un mandat international, mais d’un rapt pur et simple, exécuté par une puissance étrangère sur le territoire d’un État indépendant. La Maison-Blanche invoque la légitime défense contre la drogue. Le précédent, lui, est glaçant car si le trafic de stupéfiants justifie l’arrestation militaire d’un président, alors peu de dirigeants du Sud global peuvent se considérer à l’abri.

Le Congrès américain, largement tenu à l’écart, a laissé faire. Les garde-fous institutionnels ont cédé face à une rhétorique martiale et à une démonstration de force navale digne d’une autre époque. Même les protestations de l’ONU contre des exécutions extrajudiciaires en mer ont été reléguées au rang de bruit diplomatique.

À court terme, Trump récolte les dividendes politiques d’un geste spectaculaire. À long terme, l’ordre international en sort affaibli. En traitant la souveraineté comme une variable optionnelle et le droit comme un obstacle contournable, Washington normalise une loi du plus fort qu’il prétendait combattre. La chute de Maduro ne marque peut-être pas la victoire contre le narcotrafic. Elle pourrait surtout signaler l’entrée dans une ère où la puissance remplace le droit — sans même prendre la peine de s’en excuser.