Si le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a sonné l’alerte chez plusieurs pays et dans plusieurs régions du globe, en raison, entre autres, du nouvel ordre commercial mondial auquel il travaille, taxant à tout-va les produits importés aux États-Unis, cela ne semble pas être le cas pour l’Algérie.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui s’est exprimé dans les colonnes du journal français L’Opinion, a eu des propos plutôt sympathiques à l’endroit du 47e président américain.
Le chef de l’État a été sensible au fait que Donald Trump, qui exerçait son premier mandat de président des États-Unis, l’ait félicité pour son élection en 2019, quelques heures après la proclamation des résultats. Il a également été sensible à l’attitude du président français, qui a, lui, mis quatre jours non pas pour le féliciter, mais pour « prendre acte ».
« Nos relations sont restées bonnes avec tous les présidents américains, qu’ils soient démocrates ou républicains. C’était déjà le cas lors du premier mandat de Donald Trump. Lorsque j’étais élu en 2019, il m’a envoyé une lettre pour me féliciter quelques heures après les résultats, quant le président Macron a mis quatre jours pour “prendre acte” de mon élection. Nous n’oublierons jamais, non plus, que les États-Unis ont introduit la question algérienne à l’ONU. Ils accueillent aussi nos meilleurs chercheurs. C’est le seul pays qui a une ville du nom de notre héros national, l’émir Abdelkader. Nos plus grands projets, sous les présidents Boumediene, Chadli et Bouteflika, ont été réalisés avec les Américains, dans les hydrocarbures et ailleurs », a affirmé Tebboune, comme pour dire que la nature des pouvoirs en Algérie et aux États-Unis n’a jamais constitué un obstacle à la coopération entre les deux pays.
Une coopération assumée malgré des divergences politiques
L’entente entre Alger et Washington, malgré de nombreuses questions qui, normalement, devraient fâcher, se manifeste, outre les conventions de coopération, notamment dans le domaine de la défense, par l’accueil des 306 ressortissants algériens en situation irrégulière aux États-Unis que l’administration Trump a menacé d’expulser.
« Nous allons le faire parce que cette demande est légale. Le président américain n’a pas d’arrière-pensée liée à l’immigration algérienne aux États-Unis, alors que le programme du RN, depuis feu Jean-Marie Le Pen, s’attaque systématiquement à l’islam et à l’immigration, avec comme bouc émissaire l’Algérie », a expliqué le président Tebboune.
Le ton à l’égard de Trump et de son administration est avenant, alors que, sur au moins deux dossiers, la position américaine est aux antipodes de celle, principielle, défendue par l’Algérie : les questions sahraouie et palestinienne.
En 2020, alors qu’il achevait son mandat à la Maison-Blanche, Donald Trump a reconnu la « marocanité » du Sahara occidental. « Aujourd’hui, j’ai signé une proclamation reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental », avait-il publié sur Twitter, aujourd’hui X, le 10 décembre 2020.
Il est vrai que, dégagé de la Maison-Blanche par Joe Biden, Donald Trump n’a pas eu le temps d’aller au bout de sa résolution, en joignant des actes diplomatiques à sa parole. Mais sa « proclamation » en elle-même devait avoir de quoi mécontenter l’Algérie, d’autant qu’elle avait pour contrepartie la normalisation par le Maroc de sa relation avec Israël.
Tout récemment, alors qu’approchait l’accord de trêve à Ghaza, le président américain a appelé à déplacer les populations gazaouies, meurtries par seize mois d’une guerre sioniste génocidaire, vers l’Égypte voisine et la Jordanie. On ne pouvait suggérer un meilleur cadeau à Israël, dont l’objectif inavoué est de vider Gaza de sa population pour y étendre sa colonisation.
Sécurité régionale et lignes rouges algériennes
Interrogé sur cette proposition de Trump, dénoncée par l’Égypte et la Jordanie ainsi que par d’autres pays, le président Tebboune a eu cette réponse : « L’expression est malheureuse mais, dans son esprit, il ne s’agit pas de population palestinienne qui a toujours eu des soutiens en Europe, dans le monde arabe, en Afrique… L’OLP est représentée à l’UNESCO. Nous avons réussi à faire reconnaître la Palestine par 143 États de l’ONU comme membre à part entière. On ne va pas faire table rase de ce qui a été accompli. »
Les positions américaines sur le Sahara occidental et la Palestine n’ont pas altéré la relation algéro-américaine. La coopération ne s’est pas interrompue. Le 22 janvier 2025, le commandant de l’Africom, le général Michael Langley, a séjourné à Alger. Une visite durant laquelle un protocole d’entente pour une coopération dans le domaine de la défense a été signé avec l’armée algérienne.
Alger comme Washington partagent la même préoccupation quant à la dégradation de la situation sécuritaire dans la sous-région du Sahel, où sévissent terroristes, narcotrafiquants et milices paramilitaires.
Le déploiement des mercenaires du groupe Wagner dans le nord du Mali, pour prêter main-forte à la junte au pouvoir à Bamako dans sa lutte contre les rebelles indépendantistes de l’Azawad, n’est pas vu d’un bon œil par Alger. Le président Tebboune ne s’est pas empêché de le dire ouvertement : « Nous avons seulement du mal à accepter la présence de groupes paramilitaires comme Wagner à notre frontière. Nous l’avons d’ailleurs dit à nos amis russes. »