Chargement ...

Anis Djaad, la rigueur d’un regard sensible


Le cinéaste, scénariste, écrivain et journaliste Anis Djaad s’est éteint mercredi 4 mars, laissant derrière lui une œuvre prolifique, profondément habitée. Il était l’une des figures de proue d’un cinéma en pleine recomposition, dont il incarnait une voix marginale, sensible et discrète.

Fils du journaliste Abdelkrim Djaad, né au tournant des années 1970, il fait ses premiers pas dans le journalisme au Soir d’Algérie, avant de rejoindre le quotidien La Tribune, où il animera la rubrique internationale. Ceux qui ont travaillé à ses côtés évoquent un esprit curieux, attentif aux soubresauts du monde tout en gardant un humour pince-sans-rire.

Anis Djaad avait comme un besoin impérieux de raconter autrement. Il apprendra le métier de cinéaste sur le terrain. Ses films, toujours exigeants, exploraient l’intime sans jamais se refermer sur lui-même. Il y avait dans son travail une attention aux visages. Les corps portaient quelque chose de plus vaste qu’eux. Sa caméra observait, tout en laissant les contradictions exister, et c’est sans doute cette retenue qui faisait sa force.

Une œuvre entre cinéma et littérature

Avec Le Hublot (2012), il signe ses débuts à la réalisation. Deux ans plus tard, Passage à niveau (2014) lui vaut le prix du meilleur réalisateur et celui de la meilleure interprétation masculine au Festival du court métrage maghrébin d’Oujda. En 2016, Le Voyage de Keltoum confirme son talent, récompensé notamment au Festival Image et Vie de Dakar et au Festival maghrébin du film d’Oujda.

En 2021, il franchit le cap du long métrage avec La Vie d’après, sélectionné dans plusieurs festivals et distingué par une mention spéciale au Festival international du film d’Amiens ainsi que par le Prix de la critique africaine aux Journées cinématographiques de Carthage. En 2023, il signe un court métrage, Les Nuits d’Abed, puis un autre long métrage, Terre de vengeance, son œuvre la plus maîtrisée. Il venait d’obtenir une subvention du ministère de la Culture pour la réalisation de ce qui devait être son troisième long métrage, À l’ombre des absents.

Parallèlement à son travail de cinéaste, Anis Djaad était également écrivain. Avec des romans comme Matins parisiens et L’odeur du violon, il mêlait introspection, mémoire et errance, tout comme dans ses films.