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CPA : derrière le dividende, la rente des titres publics


Le Crédit populaire d’Algérie affiche une année 2025 record. Réuni le 23 avril, son conseil d’administration annonce un produit net bancaire de près de 94 milliards de dinars, en hausse de plus de 26 %, et un résultat net de 48,2 milliards de dinars, en progression d’environ 15 %. La banque propose aussi un dividende de 175 dinars par action, soit un rendement de 7,61 % sur la base du cours du 31 décembre 2025 et de 8,37 % au 28 avril 2026.

Ces chiffres donnent l’image d’une banque publique solide et généreuse envers ses actionnaires. Mais replacés dans la structure du système bancaire algérien, ils disent surtout autre chose : la rentabilité du CPA repose largement sur l’écart entre le faible coût de la ressource bancaire et la rémunération des titres publics.

La clé de lecture est dans la politique monétaire. En abaissant son taux directeur, ramené à 2,50 % en janvier 2026, la Banque d’Algérie a réduit le coût du refinancement et installé un environnement de liquidité peu chère. Dans le même temps, les banques placent une part croissante de leurs bilans dans les bons et obligations du Trésor, mieux rémunérés et moins risqués que le crédit aux entreprises. Le résultat est une rente bancaire : emprunter ou collecter à bas coût, puis se faire rémunérer par l’État.

Les titres publics au cœur de la rentabilité bancaire

La monographie de la place bancaire algérienne publiée par Twala sous la plume de Rachid Sekak avait déjà documenté ce basculement. À fin 2024, les banques détenaient 8.303 milliards de dinars de titres du Trésor, soit 34,10 % du total de leurs bilans. Pour le CPA, ce portefeuille atteignait 830 milliards de dinars, l’équivalent de 25,63 % de son bilan. La même étude relevait qu’en 2024 les prêts à la clientèle du CPA avaient reculé de 15,50 %, alors que son produit net bancaire progressait de 9,96 %.

C’est ce décalage qui relativise le communiqué de la banque. Le CPA parle de « performance commerciale sans précédent », mais ne précise pas quelle part de cette performance provient d’une véritable relance du crédit, des commissions ou de la rémunération des titres publics. Or, dans les banques publiques, le PNB reste dominé par la marge d’intérêt, autour de 85 %, et Rachid Sekak souligne que la détention de titres publics procure une rente importante.

Une performance réelle, mais encore mal qualifiée

Le dividende proposé devient dès lors le principal message adressé au marché. Avec 200 millions d’actions, une distribution de 175 dinars par action représenterait environ 35 milliards de dinars, soit près de 72,6 % du bénéfice net annoncé. C’est attractif pour les actionnaires, mais cela interroge la part du résultat conservée pour renforcer les fonds propres, financer l’économie réelle et absorber le risque.

La performance du CPA est donc réelle, mais sa qualité reste à qualifier. Sans détail sur les crédits, les dépôts, le coût du risque, les créances classées et la structure exacte du PNB, il est difficile de savoir si la banque gagne davantage parce qu’elle finance mieux l’économie, ou parce qu’elle bénéficie d’une rente souveraine adossée aux besoins de financement du Trésor.