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Législatives : le MSP dénonce l’article 200 comme outil de filtrage des candidatures


Le Mouvement de la société pour la paix a placé l’article 200 de la loi électorale au centre de sa critique des législatives prévues le 2 juillet, accusant l’administration d’utiliser cette disposition pour écarter des candidats avant même l’ouverture de la compétition.

Dans un communiqué publié samedi 23 mai, à l’issue d’une réunion de son bureau exécutif national présidée par Abdelaali Hassani Cherif, le principal parti islamiste légal affirme que l’application de cet article a conduit à l’exclusion de candidats sans « preuves juridiques claires » ni « jugements définitifs ». Le MSP dit redouter un usage sélectif de la loi, susceptible de réduire la compétition électorale sous couvert de moralisation de la vie politique.

L’article 200 fixe les conditions d’éligibilité à l’Assemblée populaire nationale. Dans sa version modifiée par la loi organique du 4 avril 2026, il exige notamment du candidat qu’il justifie sa situation vis-à-vis de l’administration fiscale, soit par le paiement des impôts dus, soit par un échéancier, soit par une attestation de non-imposition. Il maintient également les autres conditions de probité déjà associées aux candidatures parlementaires, dont l’absence de condamnation définitive et la clause visant les liens notoires avec l’argent douteux.

Moralisation ou filtrage administratif ?

C’est précisément cette zone grise que vise le MSP. Le parti ne conteste pas le principe d’un assainissement des listes. Il affirme même avoir sélectionné ses propres candidats selon des critères de compétence, d’intégrité et de crédibilité, en revendiquant une présence accrue de cadres, de femmes et de jeunes. Mais il estime que la lutte contre l’argent politique peut se transformer en mécanisme administratif d’exclusion si elle n’est pas encadrée par des éléments judiciaires vérifiables.

La dénonciation intervient alors que le parti confirme sa participation au scrutin. Le MSP ne choisit donc pas le boycott, mais une stratégie de participation conflictuelle. Il dépose ses listes, entre dans la campagne et, dans le même mouvement, conteste les règles du jeu.

Le communiqué donne ainsi à l’article 200 une portée politique plus large que son objet juridique initial. Pour le MSP, le problème n’est plus seulement de savoir si un candidat remplit les conditions administratives requises. Il est de savoir qui interprète ces conditions, sur quelle base, avec quels recours et dans quel degré de transparence.

Le scrutin commence avant les urnes

Le parti lie cette question à la crise de confiance électorale. Selon lui, l’abstention n’est pas un phénomène passager, mais la conséquence directe de la défiance envers la neutralité des institutions chargées d’organiser le scrutin. En visant l’article 200, le MSP cherche donc à déplacer le débat de la simple participation vers celui du filtrage préalable des acteurs politiques.

Cette ligne lui offre aussi une marge tactique. En cas de bon résultat, le parti pourra présenter sa performance comme obtenue malgré les contraintes. En cas de recul, il pourra invoquer les exclusions, l’inégalité des conditions de départ et l’usage administratif de la loi. Dans les deux cas, le scrutin du 2 juillet ne se jouera pas seulement dans les urnes, mais aussi dans la manière dont les candidatures auront été autorisées à y accéder.