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Les opposants en exil demandent des garanties après l’appel de Tebboune


La parole présidentielle ne suffit pas à rassurer les opposants algériens établis à l’étranger. Dans une lettre ouverte adressée à Abdelmadjid Tebboune, une cinquantaine d’activistes, militants et défenseurs des droits humains réclament des garanties concrètes avant d’envisager un retour en Algérie.

Les signataires réagissent aux déclarations faites par le chef de l’État le 16 juillet 2026 à Berlin, lors d’une rencontre avec des membres de la communauté algérienne en Allemagne. Abdelmadjid Tebboune avait affirmé que les opposants vivant à l’étranger étaient les bienvenus dans leur pays et reconnu comme légitime le droit de critiquer les politiques publiques et de proposer des alternatives.

Cette invitation est accueillie avec prudence. Les auteurs de la lettre rappellent que le retour en Algérie constitue un droit attaché à la nationalité et non une faveur accordée par les autorités. Ils redoutent néanmoins qu’il ne se traduise, pour certains d’entre eux, par une arrestation, des poursuites judiciaires ou des mesures restrictives liées à leurs opinions et à leurs prises de position publiques.

Les signataires demandent d’abord la garantie du droit à la libre circulation. Ils dénoncent les entraves à la délivrance des documents de voyage, les interdictions d’entrée sur le territoire ainsi que les interdictions de sortie du territoire national, ou ISTN, qui seraient prononcées sans décision judiciaire et pour des durées arbitraires.

Ils réclament également l’abandon des pratiques consistant, selon eux, à imposer à certains militants un document de « repentance » ou un engagement à renoncer à leurs convictions avant leur retour. « Les opinions politiques ne constituent pas un délit pour lequel il faudrait demander pardon », écrivent-ils.

Mais leur principale exigence porte sur le cadre juridique utilisé contre des militants, des journalistes et des opposants. Ils demandent notamment l’abrogation de l’article 87 bis du Code pénal, dont la définition extensive du terrorisme permet, selon eux, de criminaliser l’expression politique et l’exercice pacifique des libertés publiques.

La lettre demande aussi que les opposants puissent critiquer les autorités sans être présentés comme des ennemis de la nation, menacés de poursuites ou exposés à une éventuelle déchéance de nationalité.

Les auteurs estiment enfin que l’ouverture annoncée à l’égard de la diaspora ne peut être dissociée de la situation des opposants vivant en Algérie. Ils appellent à une amnistie générale en faveur des détenus politiques et d’opinion ainsi que des personnes poursuivies ou condamnées pour l’exercice pacifique de leurs droits.

L’interpellation révèle ainsi la profonde défiance qui demeure entre le pouvoir et une partie de l’opposition en exil. En invitant les opposants à revenir, Abdelmadjid Tebboune a formulé une promesse politique. Les signataires lui demandent désormais de la traduire en garanties juridiques : pouvoir entrer en Algérie, en sortir et y exprimer librement ses opinions sans craindre la prison.